Les formes

Cette page propose un tour d’horizon complet des formes principales et rares de la maladie, leur localisations et expressions.

Comprendre les enjeux selon les différentes formes

L’endométriose et l’adénomyose ne sont pas des maladies uniformes. Elles se présentent sous des formes anatomiques très différentes — superficielles, profondes, ovariennes, digestives, urinaires, extra-pelviennes, ou intra-utérines dans le cas de l’adénomyose — dont chacune a ses propres localisations, ses propres mécanismes d’évolution, et ses propres implications pour le diagnostic et la prise en charge.

Connaître la forme en présence, c’est comprendre pourquoi certains symptômes apparaissent, pourquoi certaines imageries sont indiquées plutôt que d’autres, et pourquoi les choix thérapeutiques — médicamenteux ou chirurgicaux — varient d’une situation à l’autre. Une endométriose superficielle, un endométriome ovarien, une atteinte rectale profonde et une adénomyose diffuse ne se gèrent pas de la même façon, ni avec les mêmes urgences ni les mêmes spécialistes.
Cette page présente les formes anatomiques reconnues, des plus fréquentes aux plus rares, avec pour chacune ses caractéristiques, ses localisations habituelles, et les conséquences cliniques et fonctionnelles qui leur sont associées.

Les formes

Les formes en quelques chiffres

Ils sont à prendre en considération avec prudence car les données sont très variables d’une étude à une autre.

25-50%

des personnes avec endométriose ont des endométriomes

10%

des personnes avec infertilité ont de l’adénomyose

20%

des personnes avec endométriose ont une lésion profonde

Les formes coexistent souvent

Ces formes anatomiques ne s’excluent pas. Une même personne peut présenter simultanément une endométriose superficielle, un ou plusieurs endométriomes ovariens, et des lésions profondes infiltrantes. Cette coexistence est fréquente dans les formes sévères, et elle influence directement la stratégie diagnostique et thérapeutique, une imagerie complète est souvent nécessaire pour cartographier l’ensemble des atteintes.

De même, l’adénomyose est associée à l’endométriose profonde dans environ 30 à 50 % des cas. Leur coexistence peut complexifier les symptômes et les choix de traitement, notamment en ce qui concerne la chirurgie conservatrice.

La présence d’une forme n’exclut donc pas les autres. C’est l’une des raisons pour lesquelles le bilan préopératoire d’une endométriose symptomatique doit être exhaustif.

  • Endométriose pelvienne superficielle → Lésions localisées à la surface du péritoine dans la cavité pelvienne, souvent responsables de douleurs cycliques.
  • Endométriose pelvienne profonde → Lésions infiltrant les tissus pelviens en profondeur (utérosacrés, ligaments, vagin, rectum…), souvent associées à des douleurs sévères et une altération des fonctions digestives, urinaires ou sexuelles.
  • Endométriose ovarienne (endométriome) → Présence de kystes remplis de sang ancien (« kystes chocolat ») à l’intérieur des ovaires, pouvant altérer la fertilité.
  • Endométriose digestive → Atteinte du tube digestif, le plus souvent du rectum ou du sigmoïde, pouvant entraîner constipation, diarrhée, douleurs à la défécation, occlusion.
  • Endométriose urinaire → Lésions touchant la vessie ou les uretères, pouvant provoquer brûlures urinaires, douleurs vésicales, troubles urinaires ou obstruction rénale.
  • Adénomyose → Considérée comme une forme « cousine » particulière, c’est une pathologie proche de l’endométriose où du tissu endométrial s’infiltre dans le myomètre (paroi musculaire interne de l’utérus), provoquant règles abondantes, douleurs pelviennes, utérus augmenté de volume.

Ces formes résultent de la même physiopathologie que les formes pelviennes mais dans des localisations anatomiquement éloignées de l’utérus. Leur point commun est la cyclicité des symptômes : ceux-ci s’aggravent, voire n’apparaissent que, pendant les règles. C’est souvent ce caractère cyclique qui oriente le diagnostic.

  • Endométriose ombilicale → Présence de tissu endométrial au niveau de l’ombilic, qui peut se manifester par des saignements cycliques au nombril, un nodule palpable et douloureux. C’est la forme extra-pelvienne la plus fréquente. Elle peut être isolée (endométriose ombilicale primaire) ou associée à une endométriose pelvienne.
  • Endométriose diaphragmatique → Lésions situées sur le diaphragme, le muscle respiratoire qui sépare le thorax de l’abdomen. Elle provoque des douleurs thoraciques cycliques, typiquement irradiant vers l’épaule droite (douleur projetée par le nerf phrénique). Souvent asymptomatique ou sous-diagnostiquée, elle peut coexister avec une endométriose thoracique.
  • Endométriose thoracique → Atteinte des poumons, de la plèvre ou du péricarde. Elle peut se manifester par un pneumothorax cataménial (affaissement du poumon pendant les règles), un hémothorax cyclique, ou une hémoptysie (crachats sanglants) au moment des règles. Cette forme est rare mais grave et souvent méconnue : le délai diagnostique est très long car les soignants ne font pas spontanément le lien avec le cycle menstruel. Elle nécessite une prise en charge multidisciplinaire gynécologique et thoracique.
  • Endométriose pariétale → Atteinte de la paroi abdominale — muscles, tissu sous-cutané, ou cicatrices chirurgicales. Elle survient le plus souvent sur des cicatrices de césarienne ou de cœlioscopie, vraisemblablement par implantation directe lors de l’intervention. Elle se présente comme un nodule douloureux sur la cicatrice, dont la douleur s’intensifie cycliquement pendant les règles.

  • Endométriose lacrymale ou nasale → Lésions dans les glandes lacrymales ou les fosses nasales, avec écoulements ou douleurs cycliques oculaires ou nasales.
  • Endométriose chez l’homme → Exceptionnelle, généralement décrite chez des patients sous traitement œstrogénique (ex : cancers de la prostate).
  • Endométriose rachidienne ou médullaire → Atteinte de la moelle épinière ou des méninges, extrêmement rare, pouvant causer des symptômes neurologiques cycliques.

L’endométriose peut se manifester à tout moment de la vie reproductive, mais sa présentation clinique et ses enjeux varient selon la période de vie.

Chez l’adolescente

L’endométriose est souvent sous-suspectée à l’adolescence, car les douleurs menstruelles intenses sont trop facilement attribuées à une dysménorrhée primaire normale. Pourtant, des données cohérentes montrent que des lésions d’endométriose, le plus souvent superficielles, peuvent être présentes dès les premières années après la ménarche. Les formes profondes y sont plus rares.

Les recommandations ESHRE 2022 soulignent qu’il n’existe pas de différence majeure entre le diagnostic et le traitement chez l’adolescente et chez l’adulte, mais que les cliniciens doivent être attentifs à certains points spécifiques : la dysménorrhée est un symptôme majeur mais aussi fréquent dans la population générale adolescente, rendant le repérage plus difficile ; la prescription d’agonistes de la GnRH n’est pas recommandée à cet âge en raison de leur impact sur le capital osseux encore en construction ; et l’impact sur la qualité de vie scolaire et sociale doit être pris en compte dans les décisions thérapeutiques.

En périménopause et après la ménopause

L’endométriose est une maladie œstrogéno-dépendante : en théorie, elle régresse après la ménopause avec la chute naturelle des œstrogènes. En pratique, la situation est plus nuancée. Des lésions profondes fibreuses peuvent persister et rester symptomatiques même en l’absence d’activité ovarienne. Les femmes ménopausées traitées par un traitement hormonal de la ménopause (THM) peuvent voir leurs lésions se réactiver si le traitement n’est pas bien équilibré. Enfin, le risque — faible mais réel — de transformation maligne des endométriomes en carcinome de l’ovaire est légèrement augmenté, ce qui justifie une surveillance particulière après la ménopause.

L’adénomyose, pour sa part, tend à régresser après la ménopause naturelle, mais peut persister ou se révéler en périménopause au moment où les fluctuations hormonales s’intensifient.

Les formes courantes

Qu’est-ce que l’endométriose superficielle ?

C’est la forme la plus fréquente d’endométriose (environ 70-80 % des cas), caractérisée par la présence de lésions millimétriques à centimétriques à la surface du péritoine, la membrane qui tapisse la cavité abdominale et pelvienne.
Elle est dite « superficielle » car elle n’infiltre pas en profondeur les tissus (> 5 mm comme dans l’endométriose profonde), mais peut néanmoins provoquer une inflammation importante et des douleurs significatives.
Souvent sous estimée car difficile à visualiser en imagerie, elle peut être très symptomatique et impacter considérablement la qualité de vie.

Mécanismes physiopathologiques particuliers

→ Une innervation anormalement dense : Contrairement à ce que leur aspect « superficiel » pourrait laisser supposer, les lésions péritonéales d’endométriose superficielle sont riches en fibres nerveuses sensorielles : leur densité est significativement plus élevée que dans le péritoine sain. Ces fibres, qui fonctionnent comme des nocicepteurs, sont surexprimées en substance P (SP) et en peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP), deux neurotransmetteurs pro-inflammatoires directement impliqués dans la génération et l’amplification de la douleur.

C’est cette hyperinnervation, et non le simple volume lésionnel, qui explique pourquoi des lésions de quelques millimètres peuvent générer des douleurs intenses et disproportionnées Springer. Elle répond à une question que beaucoup de patientes se posent : « mes lésions sont petites, pourquoi j’ai si mal ? »

→ Irritation des terminaisons nerveuses péritonéales : L’inflammation cyclique produite par les lésions — prostaglandines, cytokines, médiateurs immunitaires — active et hypersensibilise ces fibres nociceptives de façon répétée à chaque cycle. Cette activation répétée est le point de départ de la sensibilisation périphérique, qui peut évoluer vers une sensibilisation centrale si elle n’est pas prise en charge.

→ Invisibilité macroscopique fréquente : Les lésions peuvent être rouges, noires, bleutées, blanches — ou complètement invisibles à l’œil nu lors d’une cœlioscopie. Cette invisibilité ne signifie pas absence de lésion ni absence de douleur. Elle est l’une des raisons pour lesquelles l’endométriose superficielle est souvent sous-diagnostiquée ou sous-estimée.

→ Pour comprendre comment ces mécanismes se traduisent en symptômes : page Les symptômes.

Localisations fréquentes

Péritoine du cul-de-sac de Douglas (zone déclive)
Face postérieure de l’utérus
Ligaments larges
Loges ovariennes (surtout gauche)
Surfaces péritonéales des trompes de Fallope
Ovaires (face externe)

À noter : les lésions peuvent être rouges, noires, bleutées, blanches ou invisibles macroscopiquement, ce qui rend parfois leur détection difficile.

Note critique : l’endométriose superficielle représente environ 80 % de l’ensemble des diagnostics d’endométriose ISUOG, mais ce chiffre varie fortement selon les études et les populations (chirurgicales vs symptomatiques). A considérer avec prudence, d’autant que les lésions superficielles sont précisément celles les plus sous-diagnostiquées à l’imagerie.

Qu’est-ce que l’endométriose profonde ?

La définition la plus utilisée en pratique clinique et en imagerie est celle d’une infiltration supérieure à 5 mm sous la surface péritonéale. Elle permet de distinguer les lésions profondes des lésions superficielles et d’orienter les décisions chirurgicales. Il faut toutefois savoir qu’il n’existe pas de consensus international unifié sur cette définition : certains auteurs préfèrent la notion d' »adénomyose externa » pour décrire les nodules les plus complexes. Ce que toutes les définitions partagent, en revanche, c’est la reconnaissance d’une infiltration tissulaire réelle, fibreuse et musculaire, qui distingue ces lésions des implants péritonéaux superficiels. PubMed Central
C’est une forme souvent plus symptomatique, douloureuse, complexe à traiter.

Localisations fréquentes et conséquences directes possibles

Ligaments utérosacrés (atteinte fréquente à gauche) : Dyspareunie profonde, douleurs pelviennes fixes, irradiantes
Cloison recto-vaginale : Douleurs à la défécation, rapports sexuels douloureux
Vagin postérieur : Nodules perceptibles au toucher vaginal, dyspareunie
Rectum / sigmoïde : Constipation, douleurs à la défécation, parfois rectorragies

Appendiculaire : souvent asymptomatique
→ Intestin grêle terminal : Constipation, douleurs péristaltiques
Vessie : Pollakiurie, brûlures urinaires, douleurs sus-pubiennes
Uretères : Risque d’hydronéphrose silencieuse, douleurs lombaires, atteinte rénale

L’atteinte digestive est estimée à 5-12 % des femmes opérées pour endométriose, avec le rectosigmoïde impliqué dans jusqu’à 90 % de ces cas. PubMed Central

Pourquoi l’atteinte est-elle plus fréquente à gauche (LUS gauche)

Cette asymétrie anatomique est liée à plusieurs hypothèses :
Anatomie pelvienne asymétrique : le sigmoïde est situé à gauche, il crée une zone de stase qui ralentit la circulation du liquide péritonéal, favorisant l’implantation des lésions.
Courant du liquide péritonéal : le liquide péritonéal circule en sens horaire, favorisant l’accumulation à gauche (dans le cul-de-sac de Douglas ou sur le ligament utérosacré gauche).
Moins de drainage lymphatique à gauche, ou différences de vascularisation locales.

Conséquences cliniques et fonctionnelles

Douleurs pelviennes profondes et invalidantes, souvent cycliques puis chroniques.
Dyspareunie profonde (pénétration douloureuse), parfois évitement sexuel.
Troubles digestifs ou urinaires cycliques, pouvant mimer un SII ou une cystite interstitielle.
• Infertilité, surtout si atteinte des annexes ou inflammation péritonéale associée.
Complexité chirurgicale importante si atteinte du rectum, uretères, cloison recto-vaginale.

Qu’est-ce que l’endométriose ovarienne ?

Il s’agit d’une forme d’endométriose où le tissu endométrial ectopique s’implante sur ou dans les ovaires. Elle peut prendre deux formes principales :
Implants superficiels sur la surface ovarienne (endométriose péritonéale de l’ovaire)
Endométriomes : kystes ovariens remplis de sang oxydé (« kystes chocolat »), liés à une accumulation de sang menstruel dans une cavité formée par l’envahissement de l’ovaire.
L’atteinte des trompes de Fallope est souvent secondaire, liée à une inflammation pelvienne chronique ou à des adhérences.
Même un petit endométriome peut être très douloureux. À l’inverse, des kystes plus volumineux peuvent être silencieux.

Cette forme est présente chez 17 à 44 % des personnes atteintes d’endométriose.

Mécanismes physiopathologiques particuliers

Implantation de cellules endométriales à la surface de l’ovaire, qui pénètrent progressivement dans le cortex ovarien.
Formation d’un kyste pseudo-endométrial (endométriome) par accumulation de sang à chaque cycle.
Dans les trompes : atteinte des franges tubaires, fibrose et agglutination entrainant un impact sur la fertilité.

Localisations fréquentes et conséquences directes possibles

Ovaire gauche plus fréquemment touché, pour les mêmes raisons que le LUS gauche (stase du liquide péritonéal près du sigmoïde).
Ovaire droit également possible, souvent bilatéral dans les formes sévères.
Trompes de Fallope (hydrosalpinx, distorsions, adhérences péri-tubaires).
Adhérences tubo-ovariennes, souvent responsables de la perte de mobilité des annexes.

Conséquences cliniques et fonctionnelles

Douleurs ovulatoires
Douleurs posturales mécaniques, en s’asseyant notamment (sensation de pincement, poids)
• Risque de rupture ou torsion d’endométriome (plus rare)
• Infertilité, liée : à la déformation de l’ovaire, à l’altération du micro-environnement ovocytaire, à l’obstruction ou la dysfonction tubaire, à l’impact sur la réserve ovarienne ou au risque de la chirurgie.

Impact sur la réserve ovarienne en détail : La présence d’endométriomes, même sans chirurgie, est associée à une diminution de la réserve ovarienne. Les mécanismes en cause sont doubles : la compression mécanique du cortex ovarien par le kyste, qui entraîne une perte folliculaire progressive, et l’environnement inflammatoire intra-kystique, toxique pour les follicules adjacents. Des données consistantes montrent que les femmes ayant des endométriomes ont des taux d’AMH (hormone anti-müllérienne, marqueur de la réserve ovarienne) significativement plus bas que des femmes saines du même âge, et que ce déclin est plus rapide.

La chirurgie d’exérèse des endométriomes (kystectomie) améliore les symptômes douloureux et peut faciliter la ponction ovocytaire lors d’une FIV, mais elle comporte elle-même un risque de réduction supplémentaire de la réserve ovarienne. Les données disponibles montrent une réduction de l’AMH allant jusqu’à 30 % après kystectomie unilatérale, et jusqu’à 44 % après kystectomie bilatérale. Ce risque iatrogène doit être discuté avec chaque patiente avant toute décision chirurgicale, en particulier chez les femmes jeunes ayant un projet de grossesse.

Les recommandations ESHRE 2022 déconseillent la chirurgie des endométriomes en dehors de symptômes significatifs, d’une suspicion de malignité, ou d’une impossibilité technique à réaliser une ponction ovocytaire — précisément pour préserver la réserve ovarienne.

→ Pour les implications sur la fertilité et les stratégies de préservation ovocytaire : page Fertilité.

Qu’est-ce que l’adénomyose ?

L’adénomyose est une pathologie bénigne de l’utérus caractérisée par la présence de tissu endométrial (glandes et stroma) dans le myomètre, c’est-à-dire la paroi musculaire de l’utérus.
Elle est parfois appelée « l’endométriose de l’utérus », mais c’est une entité distincte, avec ses propres mécanismes, symptômes et modalités de prise en charge.
Elle est fréquemment associée à des fibromes et à l’endométriose profonde (rectum, vessie).

La prévalence de l’adénomyose est très variable selon les critères diagnostiques et les populations étudiées. L’adénomyose est diagnostiquée chez 1 femme sur 3 comme étant asymptomatique ; les autres peuvent présenter des ménorragies, des douleurs pelviennes ou une infertilité. La plupart des patientes sont diagnostiquées entre 40 et 50 ans, mais des patientes plus jeunes avec infertilité sont de plus en plus diagnostiquées avec l’amélioration des modalités d’imagerie. American Academy of Family Physicians La prévalence exacte reste difficile à établir car le diagnostic était historiquement histologique post-hystérectomie.

Mécanismes physiopathologiques particuliers

Les mécanismes ne sont pas totalement élucidés, mais plusieurs hypothèses coexistent :

  • Théorie de l’invasion basale : L’endomètre basale s’infiltre anormalement dans le myomètre, via des microtraumatismes répétés à la jonction endomètre-myomètre (junctional zone), notamment à cause des menstruations, accouchements, curetages ou interventions utérines.
  • Théorie développementale : Il s’agirait d’un défaut de différenciation du myomètre au cours du développement fœtal ou pubertaire, entraînant la présence primitive de tissu endométrial dans le muscle utérin.
  • Inflammation et remodelage : Comme dans l’endométriose, l’inflammation joue un rôle central, avec prolifération des cellules, angiogenèse, activation des macrophages, et fibrose progressive.

Formes focales et diffuses d’adénomyose

L’adénomyose peut se présenter selon deux grands types morphologiques, aux manifestations cliniques et implications thérapeutiques différentes : la forme diffuse et la forme focale.

L’adénomyose diffuse

Définition :
Infiltration étendue et relativement homogène du tissu endométrial dans l’ensemble du myomètre.
Présence de microkystes et de zones glandulaires disséminées sur une large portion ou la totalité de la paroi utérine. Ils sont remplis de sang et responsables de de ménorragies (règles très abondantes), métrorragies (saignements en dehors des règles), de phénomènes inflammatoires douloureux lors de la compression (effort, rapports sexuels, sport).
Cette hypertrophie du myomètre donne un utérus plus volumineux, de consistance molle et arrondie, avec un aspect chamois à la coupe anatomique.
Conséquences :
Augmentation globale du volume de l’utérus, souvent à l’origine de douleurs diffuses et de règles très abondantes.
○ Douleurs à la pression
○ Parfois peu visible en début de maladie, mais évolutive.
○ Moins accessible aux traitements chirurgicaux conservateurs.
Diagnostic :
Le diagnostic de l’adénomyose repose sur l’imagerie, principalement l’IRM pelvienne et l’échographie transvaginale spécialisée (3D). Ces deux modalités ont des sensibilités et spécificités comparables dans les formes symptomatiques, mais elles ne visualisent pas exactement les mêmes structures et leurs résultats ne sont pas directement interchangeables.
En IRM, le critère le plus utilisé est l’épaississement de la zone de jonction endomètre-myomètre (junctional zone :la limite entre l’endomètre et le myomètre) avec un seuil habituel de 12 mm retenu comme évocateur d’adénomyose. Mais ce seuil seul, sans autres signes associés, peut donner des faux positifs. Une interprétation plus précise tient compte des interruptions de la zone de jonction par du tissu endométrial, des microkystes intra-myométriaux, et de l’hétérogénéité du signal.
En échographie transvaginale, les critères MUSA (Morphological Uterus Sonographic Assessment, révisés en 2022) distinguent des signes directs — lignes et bourgeons sous-endométriaux, kystes myométriaux — et des signes indirects — utérus globuleux, asymétrie du myomètre, vascularisation translesionnelle. Le diagnostic est d’autant plus certain que plusieurs signes sont présents simultanément.
Le diagnostic histologique par analyse de la pièce opératoire après hystérectomie reste la référence absolue, mais il est réservé aux cas où la chirurgie est déjà indiquée pour d’autres raisons. Il n’est pas réalisable dans les démarches diagnostiques non chirurgicales, qui sont désormais la norme.


Prise en charge :
Traitements hormonaux en 1ère intention (progestatifs, DIU hormonal…).
Chirurgie radicale (hystérectomie) en cas d’échec du traitement médical et si absence de projet de grossesse.

L’adénomyose focale (ou adénomyome)

Définition :
Foyer localisé de tissu endométrial dans le myomètre, parfois bien délimité, ressemblant à un nodule ou pseudotumeur.
Peut ou non être en contact avec la cavité utérine.
Conséquences :
○ Symptômes plus variables, souvent latéralisés ou localisés.
○ Moins de saignements que dans les formes diffuses, mais douleurs importantes possibles.
○ Souvent confondue avec un fibrome en imagerie.
Diagnostic :
IRM : masse intra-myométriale à contours flous, hétérogène, avec microkystes internes.
Échographie spécialisée 3D parfois suffisante.
Prise en charge :
Exérèse chirurgicale possible (adénomyomectomie), notamment en cas de désir de grossesse.
Technique d’Osada (laparotomie conservatrice) dans les cas complexes.

À noter :
Ces deux formes peuvent coexister dans le même utérus.
Le choix du traitement dépend du type d’adénomyose, de la sévérité des symptômes et du projet reproductif.

Symptômes fréquents

  • Dysménorrhées intenses et invalidantes.
  • Ménorragies (règles très abondantes et longues).
  • Fatigue chronique liée à la douleur et/ou à une anémie ferriprive.
  • Douleurs pelviennes chroniques ou lourdeurs utérines en dehors des règles.
  • Dyspareunie profonde (dans certains cas).
  • Parfois troubles digestifs ou urinaires par contiguïté.
  • Infertilité ou fausses couches à répétition (controversé, mais souvent rapporté).

Différences avec l’endométriose

Adénomyose

Endométriose

Localisée dans le muscle utérin (myomètre)

Localisée hors de l’utérus (péritoine, ovaires, etc.)

Peut entraîner un utérus augmenté de volume

L’utérus est généralement de taille normale

Donne souvent des règles très abondantes et/ou caillots

Règles abondantes moins fréquentes

Douleurs plus diffuses et profondes

Douleurs souvent plus localisées

Visible à l’IRM ou échographie spécialisée

Parfois invisible si superficielle

Coexiste souvent avec l’endométriose

Coexistence dans ~30–50 % des cas

Les classifications médicales utilisées

Dans les comptes-rendus opératoires, les publications scientifiques et certains comptes-rendus d’imagerie, des systèmes de classification de l’endométriose sont utilisés pour décrire l’étendue et la sévérité de la maladie. En connaître les grandes lignes permet de mieux comprendre ce que ces documents décrivent.

La classification rASRM (American Society for Reproductive Medicine, révisée)

C’est la classification la plus ancienne et la plus répandue à l’échelle internationale. Elle attribue un score de 1 à 4 (stades I à IV : minime, légère, modérée, sévère) basé sur la surface des lésions, leur profondeur, la présence d’endométriomes et d’adhérences, tels qu’observés lors d’une cœlioscopie.

Ses limites sont bien documentées et largement reconnues : le score rASRM ne corrèle pas avec l’intensité des douleurs ni avec la qualité de vie. Une patiente avec un stade I peut souffrir davantage qu’une patiente avec un stade IV. Ce système a une valeur pour la communication entre chirurgiens et la recherche, mais il ne doit pas être utilisé pour évaluer la sévérité de la maladie vécue.

La classification ENZIAN

Plus récente, la classification ENZIAN a été développée spécifiquement pour décrire l’endométriose profonde. Elle cartographie les lésions selon leur localisation anatomique précise dans les compartiments pelviens (antérieur, postérieur, latéral) et en dehors du pelvis. Elle est progressivement adoptée en Europe pour sa pertinence chirurgicale — notamment pour planifier les résSources bibliographiques

ections digestives ou urétérales — et pour son lien plus étroit avec les symptômes fonctionnels.

La classification #Endo

Proposée en 2021 par la World Endometriosis Society, elle vise à unifier les différentes nomenclatures et à mieux intégrer l’impact fonctionnel et symptomatique dans la description de la maladie. Elle est encore peu utilisée en pratique courante mais représente une évolution vers une classification plus centrée sur l’expérience de la patiente.

⚠️ Ce que ces classifications ne font pas : aucune de ces classifications ne permet de prédire avec certitude l’évolution de la maladie, la réponse aux traitements, ou l’impact sur la fertilité. Elles sont des outils de description et de communication, pas des pronostics.

Sources bibliographiques

Recommandations et références de consensus généraux

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