Les traitements chirurgicaux de l’endométriose et de l’adénomyose

Apprenez en plus sur les traitements chirurgicaux existants en France et leurs indications

Un traitement parmi les autres

La chirurgie occupe une place centrale dans la prise en charge de l’endométriose et de l’adénomyose, mais elle n’est ni systématique ni anodine. Elle s’inscrit dans un parcours thérapeutique global, aux côtés des traitements médicaux, de la kinésithérapie pelvienne et du soutien psychologique. La décision opératoire résulte d’une balance bénéfices-risques individualisée, tenant compte des symptômes, du désir de grossesse, de l’étendue des lésions et des préférences de la personne concernée.

En France, les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS, 2017) et du Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF, 2018) encadrent les indications chirurgicales. À l’échelle européenne, les guidelines de l’ESHRE (European Society of Human Reproduction and Embryology) font référence, leur dernière mise à jour datant de 2022.


Les indications chirurgicales

Endométriose

La chirurgie n’est pas le traitement de première intention dans toutes les formes d’endométriose. Les indications validées sont les suivantes :

  • Échec ou contre-indication des traitements médicaux (progestatifs, analogues de la GnRH, DIU hormonal) pour les douleurs pelviennes chroniques
  • Endométriose profonde symptomatique avec retentissement fonctionnel sévère (dyspareunie profonde, dysménorrhée invalidante, douleurs digestives ou urinaires)
  • Endométriome ovarien > 3 cm symptomatique, ou > 4 cm avant FIV selon les recommandations ESHRE 2022, ou en cas de doute diagnostique sur une masse ovarienne
  • Infertilité liée à l’endométriose, après bilan complet et discussion en RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire)
  • Atteinte urétérale ou vésicale compressive menaçant la fonction rénale (indication urgente)
  • Occlusion intestinale liée à une endométriose digestive (indication urgente)

Adénomyose


L’adénomyose est plus délicate à traiter chirurgicalement car elle atteint le myomètre de façon diffuse. Les indications chirurgicales sont :

  • Saignements utérins abondants invalidants, résistant aux traitements médicaux (DIU au lévonorgestrel, progestatifs, acide tranexamique)
  • Douleurs pelviennes chroniques réfractaires
  • Adénomyose focale ou adénomyome pouvant faire l’objet d’une exérèse partielle
  • Projet de grossesse nécessitant une optimisation de la réceptivité utérine (cas sélectionnés)
  • Hysterectomie : traitement définitif en l’absence de désir de grossesse, après échec des alternatives


Comment accéder à la chirurgie ? Le parcours de soins

L’accès à la chirurgie pour l’endométriose ou l’adénomyose suit un parcours structuré, dont la porte d’entrée est souvent le·la médecin traitant ou le·la gynécologue de premier recours. Les étapes habituelles sont :

  • Consultation gynécologique avec recueil de l’anamnèse, examen clinique, échographie pelvienne endovaginale (de préférence experte en endométriose)
  • En cas de suspicion d’endométriose profonde : IRM pelvienne et/ou échographie de référence dans un centre spécialisé
  • Présentation en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) endométriose pour les cas complexes
  • Orientation vers un·e chirurgien·ne gynécologique formé·e à la chirurgie de l’endométriose profonde, idéalement dans un centre labellisé EndoFrance ou reconnu par le CNGOF

Depuis 2021, la stratégie nationale structure l’offre de soins pour les formes complexes d’endométriose par région. Les centres de référence proposent une prise en charge pluridisciplinaire incluant chirurgien·ne, gastro-entérologue, urologue, psychologue et spécialiste de la douleur.

Ces centres garantissent une expertise chirurgicale, mais elle ne préjuge pas systématiquement de la qualité ou de l’expérience individuelle de chaque opérateur·rice.


Avant toute intervention, la personne concernée doit recevoir une information complète sur les bénéfices attendus, les risques, les alternatives thérapeutiques et les suites opératoires. Le consentement éclairé est un droit fondamental (article L.1111-4 du Code de la santé publique). Il est recommandé d’obtenir un deuxième avis chirurgical pour les formes complexes.

Sources : Fritel X, et al. Management of endometriosis. Guidelines for clinical practice from the French College of Gynaecologists and Obstetricians (CNGOF) and the French Society of Endometriosis (SFE). Gynecol Obstet Fertil Senol. 2018;46(3):213-224. — Fauconnier A, et al. Diagnosis of deep infiltrating endometriosis: clinical examination, ultrasonography, magnetic resonance imaging, and other techniques. Fertil Steril. 2017;108(6):927-938.
Note critique : Les travaux de Fritel et al. (CNGOF/SFE 2018) constituent le consensus français de référence, élaboré par un groupe d’expert·es, mais ils ne comportent pas de méthodologie GRADE explicite et certaines recommandations reposent sur un accord professionnel plutôt que sur des données probantes de haut niveau.

Chirurgie de l’endométriose : types et techniques

La cœlioscopie (chirurgie minimalement invasive par voie abdominale avec insufflation de CO₂ pour créer de l’espace dans la cavité abdominale) est la voie de référence pour la grande majorité des interventions pour endométriose. Elle offre une meilleure visualisation des lésions pelviennes, une récupération postopératoire plus rapide et une morbidité moindre par rapport à la laparotomie.

La laparotomie (incision abdominale ouverte) reste indiquée dans de très rares cas de chirurgie d’emblée très complexe, d’obésité morbide limitant la cœlioscopie, ou de conversion per-opératoire. Elle est de plus en plus exceptionnelle dans les centres experts.

Lésions péritonéales superficielles : elles peuvent faire l’objet d’une vaporisation (laser CO₂, plasma) ou d’une excision. L’excision complète des lésions visibles est associée à une meilleure réduction de la douleur et un moindre taux de récidive par rapport à la vaporisation seule, selon les données actuelles.

Endométriomes ovariens (kystes endométriosiques) : la kystectomie (ablation du kyste avec sa capsule) est recommandée en première intention car elle réduit le risque de récidive par rapport à la fenestration-coagulation. Cependant, la kystectomie peut altérer la réserve ovarienne, en particulier si elle concerne les deux ovaires ou si l’endométriome est de grande taille. La décision doit donc intégrer le désir de grossesse et la réserve ovarienne préopératoire (AMH, CFA).

L’endométriose profonde infiltrante se définit par une pénétration des lésions de plus de 5 mm sous la surface péritonéale. Elle peut atteindre les ligaments utérosacrés, le cul-de-sac de Douglas, le rectum, le côlon sigmoïde, la vessie, les uretères, le diaphragme ou le nerf sciatique. Sa chirurgie est la plus complexe et doit être réalisée par des équipes pluridisciplinaires expertes.

Atteinte rectale et colorectale

Plusieurs techniques sont disponibles selon la profondeur et l’étendue de l’atteinte :

  • Shaving rectal : excision des lésions en superficie, en conservant la paroi rectale. Technique de choix pour les atteintes superficielles (< 50 % de la circonférence, < 3 cm). Risque de fistule rectovaginale plus faible.
  • Discoïde transanal (DARE) : résection partielle de la paroi rectale par voie transanale, pour les lésions de taille intermédiaire. Requiert une expertise combinée gynécologique et chirurgicale viscérale.
  • Résection segmentaire colorectale avec anastomose : résection d’un segment intestinal et reanastomose, pour les atteintes étendues (> 50 % de la circonférence, > 3 cm ou lésions multiples). Technique la plus radicale mais associée à la morbidité la plus élevée.

Sources : Roman H, et al. Comparison of two conservative surgical techniques for treating the rectum in cases of endometriosis involving the rectum. Fertil Steril. 2016;105(6):1531-1540. — Meuleman C, et al. Surgical treatment of deeply infiltrating endometriosis with colorectal involvement. Hum Reprod Update. 2011;17(3):311-326.

Note critique : L’étude de Roman et al. (2016) est l’une des rares études comparatives prospectives sur les techniques de chirurgie rectale dans l’EPI ; sa puissance statistique reste limitée par des effectifs modestes. La revue de Meuleman et al. offre une synthèse méthodique mais s’appuie sur des séries rétrospectives de centres experts, peu généralisables à l’ensemble des pratiques.

Atteinte vésicale et urétérale

L’endométriose vésicale représente environ 1 % des localisations profondes. Elle se manifeste par des douleurs vésicales cycliques, une hématurie cataméniale, une pollakiurie. Le traitement chirurgical consiste en une cystectomie partielle avec résection de la lésion et reconstruction vésicale.

L’atteinte urétérale est une complication redoutable (risque d’hydronéphrose et de perte rénale). Elle peut nécessiter une urétérolyse (libération de l’uretère comprimé), une résection-anastomose urétérale, voire une réimplantation urétérovésicale. La prise en charge doit toujours être multidisciplinaire (gynécologue, urologue).

Atteinte diaphragmatique et thoracique

L’endométriose diaphragmatique et thoracique est rare (< 1 %) mais sévère. Elle se présente par des douleurs thoraciques ou scapulaires cataméniales, un pneumothorax cataménial, une hémoptysie. La chirurgie associe gynécologues, chirurgiens thoraciques et pneumologues.

La chirurgie avec préservation nerveuse (Nerve-Sparing Surgery) est une approche technique visant à préserver les nerfs hypogastriques et le plexus pelvien lors de l’exérèse des lésions profondes. Elle a pour objectif de réduire les séquelles vésicales, rectales et sexuelles postopératoires, qui sont parmi les complications fonctionnelles les plus invalidantes.

Sa réalisation requiert une connaissance approfondie de l’anatomie nerveux pelvienne et une formation spécifique. Elle est recommandée dans les centres experts lorsqu’elle est techniquement faisable, mais son bénéfice à long terme sur les symptômes fonctionnels reste à confirmer par des études de plus grande puissance.

Sources : Ceccaroni M, et al. Nerve-sparing laparoscopic eradication of deep endometriosis with segmental rectal and parametrial resection: the Negrar method. Surg Endosc. 2012;26(7):2029-2045. — Lemos N, et al. Nerve-sparing techniques and pelvic autonomic nerves in pelvic surgery for endometriosis. Curr Opin Obstet Gynecol. 2015;27(4):288-296.

Note critique : Les publications sur la NSS dans l’endométriose proviennent quasi exclusivement de centres très spécialisés, ce qui introduit un biais de sélection important. Les critères de jugement sur la récupération fonctionnelle vésicale et sexuelle varient entre les études, rendant la comparaison difficile. chirurgiens thoraciques et pneumologues.

Sources : Hart RJ, et al. Excisional surgery versus ablative surgery for ovarian endometriomata. Cochrane Database Syst Rev. 2008;(2):CD004992. — Raffi F, et al. The impact of excision of ovarian endometrioma on ovarian reserve: a systematic review and meta-analysis. J Clin Endocrinol Metab. 2012;97(9):3146-3154.

Note critique : La revue Cochrane de Hart et al. fait référence mais date de 2008 ; une mise à jour intégrant les techniques récentes (plasma energy) serait nécessaire. La méta-analyse de Raffi et al. est méthodologiquement solide mais l’hétérogénéité des études incluses (populations, techniques, outils de mesure de la réserve ovarienne) limite la généralisation des résultats.

Chirurgie de l’adénomyose

Adénomyomectomie

résection partielle ou complète d’un foyer adénomyosique focal (adénomyome). Cette technique est proposée en cas d’adénomyose focale, notamment lorsqu’un désir de grossesse est exprimé. Elle est techniquement difficile car la frontière entre tissu sain et tissu adénomyosique est peu nette. Le risque de récidive et de complications obstétricales (rupture utérine) doit être discuté.

Résection de l’endomètre (ablation endométriale)

réservée aux personnes sans désir de grossesse et atteintes d’adénomyose superficielle (junctionnel zone épaissie). Elle consiste à détruire la couche endométriale par thermocoagulation (ballon thermique, radiofréquence, micro-ondes) ou par résectoscopie. Son efficacité est limitée dans les formes profondes.

Embolisation des artères utérines (EAU)

technique radiologique interventionnelle (réalisée par un·e radiologue interventionnel·le) consistant à occlure les artères irriguant l’utérus pour réduire la taille des lésions et les saignements. Elle est validée pour les fibromes utérins et de plus en plus utilisée dans l’adénomyose, avec des résultats encourageants mais encore insuffisamment documentés par des essais randomisés de grande envergure. Elle est contre-indiquée en cas de désir de grossesse immédiat.

Ultrasons focalisés de haute intensité) / Échographie focalisée guidée par IRM

technique non invasive permettant de détruire le tissu adénomyosique par ultrasons. Encore peu disponible en France, avec un niveau de preuve limité pour l’adénomyose spécifiquement.

Sources : Pontis A, et al. Adenomyosis and subfertility management: a literature review and meta-analysis. Reprod Biomed Online. 2016;33(3):327-338. — Groszmann YS, et al. Transvaginal ultrasound in evaluation of adenomyosis. Semin Ultrasound CT MR. 2021;42(1):11-20.

Note critique : La littérature sur les traitements conservateurs de l’adénomyose souffre d’un manque d’essais randomisés contrôlés. La méta-analyse de Pontis et al. (2016) est utile mais repose sur des études observationnelles hétérogènes avec des critères d’inclusion variables.

L’hystérectomie (ablation chirurgicale de l’utérus) est le seul traitement curatif de l’adénomyose. Elle est proposée en l’absence de désir de grossesse, après échec des traitements médicaux et conservateurs. Elle peut être totale (corps et col de l’utérus) ou subtotale (conservation du col).

Les voies d’abord possibles sont la voie vaginale, la voie cœlioscopique (y compris robot-assistée), ou la voie abdominale. La voie cœlioscopique est préférée lorsqu’elle est techniquement réalisable (morbidité moindre, récupération plus rapide).

La conservation ou l’ablation des ovaires (annexectomie) est une décision distincte, devant être discutée séparément en fonction de l’âge de la personne, du risque de cancer ovarien et des effets attendus de la ménopause chirurgicale (ostéoporose, risque cardiovasculaire, symptômes climatériques).

Point important : hystérectomie et endométriose L’hystérectomie ne guérit pas l’endométriose si des lésions extra pelviennes ou extra utérines persistent. En cas d’endométriose associée à l’adénomyose, l’exérèse simultanée des lésions d’endométriose doit être planifiée. Le taux de récidive douloureuse après hystérectomie seule pour endométriose profonde est estimé entre 15 et 20 % dans certaines études.

Sources : Rizk B, et al. Recurrence of endometriosis after hysterectomy. Facts Views Vis Obgyn. 2014;6(4):219-227. — Nisolle M, Donnez J. Peritoneal endometriosis, ovarian endometriosis, and adenomyotic nodules of the rectovaginal septum are three different entities. Fertil Steril. 1997;68(4):585-596.

Note critique : L’article de Rizk et al. est une revue narrative sans méta-analyse, avec une hétérogénéité importante des études incluses. Les taux de récidive varient largement selon les définitions retenues et la durée de suivi.

Risques et complications chirurgicaux

Toute chirurgie comporte des risques. Ceux liés à la chirurgie de l’endométriose et de l’adénomyose sont variables selon le type d’intervention, l’étendue des lésions, les structures anatomiques impliquées et l’expérience du centre opératoire.

ComplicationFréquence estiméeContexte / facteurs de risque
Plaie vésicale ou urétérale1–2 % (EPI profonde)Atteintes proches des uretères, chirurgie de répétition
Plaie rectale ou intestinale1–5 % (résection rectale)Atteinte rectale profonde, EPI avec nodule de Douglas
Fistule rectovaginale1–10 % (résection)Anastomose basse, infection, ischémie
Hémorragie per- ou postopératoire1–3 %Vascularisation pelvienne importante, adhérences
Infection / abcès pelvien2–5 %Contamination digestive, immunodépression
Dysfonction vésicale postopératoire5–20 % (EPI)Atteinte des nerfs hypogastriques
Dyspareunie persistante ou aggravéeVariable (5–30 %)Cicatrisation vagino-rectale, fibrose
Adhérences postopératoiresFréquentes à long termeToute chirurgie pelvienne ; risque d’infertilité tubaire
Baisse de réserve ovarienneFréquente (kystectomie)Kystectomie bilatérale ou répétée d’endométriomes
Récidive de la maladie15–40 % à 5 ansExérèse incomplète, absence de traitement médical adjuvant
Complications thrombo-emboliques< 1 % (prévention standard)Chirurgie longue, alitement, trouble de coagulation

Sources : Asfour V, et al. Complications of laparoscopic surgery for endometriosis: a systematic review. Arch Gynecol Obstet. 2020;302(2):311-323. — De Cicco C, et al. Urinary tract surgery for deeply infiltrating endometriosis. Curr Opin Obstet Gynecol. 2009;21(4):325-330.

Note critique : La revue d’Asfour et al. (2020) offre une analyse systématique récente mais présente une hétérogénéité importante dans les définitions des complications et les populations incluses. Les taux rapportés proviennent majoritairement de centres experts, potentiellement sous-estimateurs des risques dans des centres à moindre volume.

Suites opératoires et période postopératoire

La durée d’hospitalisation varie selon l’étendue de l’intervention : de 1 à 2 jours pour une cœlioscopie simple, à 5 à 10 jours pour une résection digestive segmentaire. Une stomie temporaire de protection (iléostomie ou colostomie) peut être réalisée lors des résections colorectales pour permettre la cicatrisation de l’anastomose.

La reprise du transit intestinal, la tolérance alimentaire et la douleur postopératoire sont les principaux critères de sortie. Une rééducation précoce et une mobilisation active sont encouragées pour prévenir les complications thrombo-emboliques.

La récidive de l’endométriose après chirurgie est fréquente en l’absence de traitement médical complémentaire. La prise d’un traitement hormonal en postopératoire (progestatif continu, contraception oestroprogestative, DIU hormonal) réduit significativement le risque de récidive symptomatique et les ré-interventions. L’ESHRE 2022 recommande de proposer systématiquement un traitement médical adjuvant après chirurgie conservatrice.

Sources : Seracchioli R, et al. Long-term cyclic and continuous oral contraceptive therapy and endometrioma recurrence: a randomized controlled trial. Fertil Steril. 2010;93(1):52-56. — Vercellini P, et al. Medical treatment versus surgery for endometriosis. Hum Reprod. 2009;24(12):2900-2914.

Note critique : L’essai randomisé de Seracchioli et al. (2010) est l’une des rares études prospectives sur la prévention des récidives post-chirurgicales ; il est limité par la courte durée de suivi (24 mois) et le faible effectif.

Un suivi gynécologique régulier (clinique et par imagerie : échographie, IRM) est indispensable après chirurgie pour détecter les récidives. La rééducation périnéale postopératoire est recommandée, notamment en cas de chirurgie profonde, pour la réhabilitation vésicale, anorectale et sexuelle. Un suivi psychologique est souvent nécessaire pour accompagner l’adaptation aux séquelles fonctionnelles et au vécu corporel post-opératoire.

Chirurgie et fertilité : enjeux spécifiques

La décision chirurgicale chez des personnes ayant un désir de grossesse est particulièrement complexe. Les enjeux sont multiples et parfois contradictoires :

  • La chirurgie de l’endométriose peut améliorer les taux de grossesse spontanée, notamment en cas d’endométriome ovarien ou d’EPI obstruant les trompes ou comprimant les ovaires.
  • Cependant, la kystectomie répétée d’endométriomes réduit la réserve ovarienne et peut compromettre une FIV ultérieure.
  • En cas de projet de FIV, la chirurgie préalable d’un endométriome n’est pas systématiquement recommandée sauf en cas de symptômes invalidants, de doute diagnostique ou de taille > 4 cm (ESHRE 2022).
  • La préservation de la fertilité (congélation ovocytaire ou embryonnaire) doit être discutée avant toute chirurgie susceptible d’altérer la réserve ovarienne.

Pour aller plus loin, consulter la page dédiée : Endométriose, adénomyose et fertilité.

Sources : Garcia-Velasco JA, Somigliana E. Management of endometriomas in women requiring IVF: to touch or not to touch. Hum Reprod. 2009;24(3):496-501. — Somigliana E, et al. To operate or not for ovarian endometriomas: the enigma of surgical impact on ovarian reserve. Reprod Biomed Online. 2015;31(4):552-557.

Note critique : La question ‘opérer ou ne pas opérer avant FIV’ reste débattue. Les revues citées présentent des positions d’expert·es fondées sur des études observationnelles ; à ce jour, aucun essai randomisé de grande envergure n’a résolu définitivement ce dilemme.

Chirurgie robot-assistée

La chirurgie robotique (système da Vinci®) est une modalité de cœlioscopie offrant une meilleure vision tridimensionnelle, une plus grande amplitude de mouvement des instruments et une réduction du tremblement. Elle est utilisée dans certains centres experts pour les cas d’endométriose profonde complexe, notamment les atteintes rectosigmoïdiennes ou paramétriales.

À ce jour, les données comparatives entre cœlioscopie standard et cœlioscopie robot-assistée dans l’endométriose ne montrent pas de supériorité claire en termes de résultats oncologiques, de fertilité ou de douleurs. Le coût plus élevé et la disponibilité limitée de la robotique restent des contraintes importantes.

Sources : Cela V, et al. Robot-assisted versus conventional laparoscopy for the treatment of advanced-stage endometriosis. Fertil Steril. 2013;100(4):994-999. — Soto E, et al. Robotic versus laparoscopic surgery for deep-infiltrating endometriosis. J Minim Invasive Gynecol. 2021;28(3):635-641.

Note critique : Les études comparant chirurgie robotique et cœlioscopie conventionnelle dans l’endométriose sont de petite taille, rétrospectives et publiées dans des centres ayant une courbe d’apprentissage favorable à la robotique. Leur transposabilité à d’autres contextes est limitée.

Deuxième avis et points de vigilance

Points de vigilance pour les patient·es

  • Demander le volume opératoire annuel du/de la chirurgien·ne pour la pathologie concernée (endométriose profonde, chirurgie colorectale).
  • Vérifier si le centre est considéré comme expert/référencé par la filière régionale
  • Obtenir un deuxième avis chirurgical avant toute résection digestive ou chirurgie susceptible d’altérer la fertilité.
  • S’interroger sur la nécessité d’une RCP avant l’intervention.
  • Se renseigner sur les possibilités de préservation de la fertilité si un projet de grossesse est envisagé.
  • Vérifier la prise en charge de l’accompagnement psychologique pré- et postopératoire.
  • En cas de stomie temporaire : demander un accompagnement par un·e infirmier·ère stomathérapeute avant l’intervention.

Sources bibliographiques

1. Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge de l’endométriose. Recommandations de bonne pratique. Saint-Denis La Plaine : HAS ; 2017.

2. ESHRE Endometriosis Guideline Development Group. Endometriosis. Guideline of the European Society of Human Reproduction and Embryology. Grimbergen : ESHRE ; 2022.

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4. Fauconnier A, Fritel X, Huchon C, Deffieux X, Fanget C, Benifla JL, et al. Diagnosis of deep infiltrating endometriosis: clinical examination, ultrasonography, magnetic resonance imaging, and other techniques. Fertil Steril. 2017;108(6):927-938.

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