Alimentation et endométriose
Cette page fait le point sur le rôle de l’alimentation dans la prise en charge de l’endométriose et de l’adénomyose : les mécanismes en jeu, l’alimentation méditerranéenne et anti-inflammatoire comme modèle de référence, les micronutriments, ainsi que des repères pratiques aliment par aliment, mode de cuisson et matériaux de cuisine.
Dernière mise à jour : juin 2026 |Durée de lecture totale : 65 minutes.
Un levier complémentaire, documenté mais non curatif
L’endométriose est aujourd’hui reconnue comme une maladie inflammatoire systémique, et non plus seulement une atteinte gynécologique locale. L’alimentation peut moduler plusieurs des mécanismes qui l’entretiennent : l’inflammation (via les acides gras, les polyphénols), le métabolisme des œstrogènes par l’intermédiaire de l’estrobolome intestinal, le stress oxydatif, et l’équilibre du microbiote.
L’alimentation méditerranéenne/anti-inflammatoire est, à ce jour, le modèle le mieux documenté. Le protocole FODMAP, encadré en trois phases, apporte des bénéfices significatifs pour les symptômes digestifs associés chez une majorité de patientes. Certains micronutriments (oméga-3, vitamine D, antioxydants, fer, magnésium) disposent de données encourageantes mais inégales selon les essais.
Cette page distingue systématiquement ce qui est solidement établi de ce qui reste exploratoire — y compris sur des sujets controversés comme le soja, dont la littérature scientifique actuelle ne confirme pas la mise en garde historiquement diffusée. L’alimentation est un levier complémentaire utile, mais elle ne remplace ni un avis médical, ni un suivi diététique personnalisé.

La nutrition et l’alimentation avec l’endométriose
repères théoriques
Pendant longtemps, la nutrition n’a pas eu de place officielle dans les recommandations cliniques sur l’endométriose. Ce silence institutionnel commence à se fissurer : une littérature scientifique croissante de revues systématiques, méta-analyses, essais contrôlés randomisés, documente le rôle que peuvent jouer les choix alimentaires dans la modulation de l’inflammation, du stress oxydatif, du climat hormonal et du microbiote intestinal, autant de mécanismes directement impliqués dans la physiopathologie de la maladie.
En France, le diététicien-nutritionniste Fabien Piasco est l’une des figures instigatrices de la prise en charge nutritionnelle pour l’endométriose : son ouvrage L’alimentation anti-endométriose, paru pour la première fois en 2017 et aujourd’hui à sa 7ème édition augmentée (plus de 300 pages et 300 références scientifiques), est devenu la référence francophone incontournable sur le sujet, citée aussi bien par des patient·es que par des professionnel·les de santé. Son approche repose sur un postulat que la science commence à étayer solidement : l’endométriose est entretenue par trois « engrais » : l’inflammation, le stress oxydatif et les déséquilibres hormonaux, et l’alimentation peut agir sur ces trois paramètres simultanément. Toutefois, son approche ne fait pas l’unanimité auprès des professionnel·les de la nutrition et soignant·es.
Cet article fait le point sur l’état actuel des preuves scientifiques, en distinguant ce qui est solidement établi de ce qui reste exploratoire, et en présentant l’approche alimentaire la plus documentées dans l’endométriose : l’alimentation anti-inflammatoire/méditerranéenne, ainsi que les évictions alimentaires apportées par le protocole FODMAP.
L’endométriose, une maladie inflammatoire systémique
L’endométriose n’est pas seulement une maladie gynécologique locale. Elle est aujourd’hui de plus en plus reconnue comme une maladie inflammatoire systémique (Lancet, Taylor et al., 2021 ; Nat Rev Endocrinol, Girling, 2024) dans laquelle les lésions ectopiques entretiennent un environnement péritonéal chroniquement pro-inflammatoire, avec élévation des cytokines (IL-1β, IL-6, TNF-α), des prostaglandines et des espèces réactives de l’oxygène (ROS). Cette inflammation systémique peut être modulée à la hausse comme à la baisse par les choix alimentaires, via plusieurs mécanismes.
L’axe alimentation-inflammation
Certains nutriments et groupes alimentaires ont des propriétés pro-inflammatoires documentées : acides gras saturés et trans, viandes rouges et viandes transformées (augmentent les prostaglandines et les estrogènes circulants), sucres raffinés (activent les voies NF-κB de l’inflammation), alcool et caféine en excès. À l’inverse, les acides gras polyinsaturés oméga-3 (EPA/DHA), les polyphénols, les caroténoïdes, la vitamine E et la curcumine exercent des effets anti-inflammatoires documentés en réduisant la production de prostaglandines et de médiateurs pro-inflammatoires.
Une grande étude de cohorte de 3 410 participantes publiée en 2023 a utilisé le Dietary Inflammatory Index (DII) — score validé mesurant le caractère pro- ou anti-inflammatoire d’un régime alimentaire — et trouvé une corrélation significative entre un score pro-inflammatoire élevé et le risque d’endométriose.
L’axe alimentation-œstrogènes : l’estrobolome
L’endométriose est une maladie hormonodépendante : les œstrogènes stimulent la prolifération des lésions ectopiques. L’alimentation peut moduler le métabolisme œstrogénique à plusieurs niveaux : les fibres alimentaires augmentent l’excrétion fécale des œstrogènes conjugués, réduisant ainsi la réabsorption entérohépatique ; un microbiote intestinal riche et diversifié (notamment en Lactobacillus et Bifidobacterium) régule l’estrobolome — l’ensemble des bactéries capables de déconjuguer les œstrogènes dans l’intestin — et maintient un équilibre hormonal favorable. À l’inverse, une dysbiose intestinale peut majorer la recirculation œstrogénique.
L’axe alimentation-microbiote
Des études récentes (Cell Death Discovery, Chadchan et al., 2023 ; Front Microbiol, Guo & Zhang, 2024) ont mis en évidence que les femmes atteintes d’endométriose présentent souvent une dysbiose intestinale caractéristique, avec une réduction des bactéries productrices de butyrate (un acide gras à chaîne courte anti-inflammatoire) et une augmentation des bactéries pro-inflammatoires. Le concept d’axe intestin-utérus émerge comme un champ de recherche majeur : l’état du microbiote intestinal influencerait la progression des lésions endométriales et l’intensité des symptômes. L’alimentation est le principal modulateur du microbiote.
Le stress oxydatif
Les femmes atteintes d’endométriose présentent des marqueurs de stress oxydatif péritonal et systémique significativement élevés. L’alimentation peut apporter des antioxydants (vitamines C et E, polyphénols, caroténoïdes, sélénium, zinc) qui neutralisent les espèces réactives de l’oxygène et protègent les tissus de leurs effets délétères.
Qu’est-ce que l’alimentation méditerranéenne ?
La diète méditerranéenne est un modèle alimentaire caractérisé par une consommation élevée de légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes, oléagineux, huile d’olive extra vierge, herbes aromatiques et petits poissons gras, une consommation modérée de produits laitiers et de volailles, et une consommation faible de viandes rouges, de charcuteries et de sucres raffinés. Elle est reconnue comme le modèle alimentaire anti-inflammatoire de référence, avec le niveau de preuve le plus élevé toutes pathologies chroniques confondues.
L’alimentation anti-inflammatoire telle que présentée par Fabien Piasco dans son livre va un cran plus loin que la diète méditerranéenne stricte : elle y intègre une attention particulière aux perturbateurs endocriniens environnementaux (bisphénols, phtalates, dioxines, organochlorés), aux phytoestrogènes, et aux polluants bioaccumulables dans certains poissons gras, une dimension toxicologique rarement abordée dans la littérature académique généraliste mais cohérente avec la physiopathologie endocrinienne de la maladie. Elle insiste aussi sur la diminution du gluten et des protéines laitières de manière plus systématique que ce que recommande strictement l’alimentation méditerranéenne.
Ce que dit la littérature scientifique
Étude cas-contrôle iranienne (Scientific Reports, octobre 2025)
Cette étude hospitalière a inclus des femmes diagnostiquées avec endométriose et des témoins sains. Après régression logistique, les femmes présentant une adhérence élevée à la diète méditerranéenne (score MEDI-Lite supérieur à la moyenne) avaient une réduction de 94 % des odds d’endométriose (OR = 0,06 ; IC 95% : 0,02–0,17 ; p < 0,001). Il s’agit de l’une des associations les plus fortes jamais rapportées dans la littérature nutritionnelle sur l’endométriose.
Étude prospective italienne (Int J Mol Sci, MDPI, octobre 2023)
35 femmes avec endométriose ont suivi un protocole d’alimentation méditerranéenne pendant 6 mois, avec évaluation de la douleur par échelle VAS, du profil vitaminique et du stress oxydatif à 0, 3 et 6 mois. Les auteurs rapportent une amélioration significative des scores de douleur et une réduction des marqueurs de stress oxydatif au fil du temps. C’est l’une des rares études prospectives à avoir objectivé le lien entre DM, stress oxydatif et perception douloureuse dans l’endométriose.
Revue systématique (Nutr J, Arab et al., 2022)
Cette méta-analyse des études observationnelles portant sur les groupes alimentaires et le risque d’endométriose conclut que des consommations élevées de fruits, légumes et produits laitiers sont associées à une réduction du risque d’endométriose, tandis que des consommations élevées de viande rouge et de graisses trans sont associées à une augmentation du risque.
Parapluie de revues systématiques (MDPI Foods, 2025, enregistrée PROSPERO CRD42023432971)
Cette « umbrella review » (méta-analyse de méta-analyses) incluant 10 revues systématiques et portant sur PubMed, Scopus, Embase, Web of Science et Cochrane Library jusqu’en septembre 2024 identifie un effet protecteur modeste mais significatif des légumes (RR 0,590), du fromage (OR 0,840), des produits laitiers totaux (RR 0,874) et des produits laitiers à haute teneur en graisses (RR 0,590). Les auteurs soulignent l’hétérogénéité importante des études et classent le niveau de preuve en classe IV (effet réel mais de faible magnitude).
Revue systématique espagnole PRISMA (Nutr Hosp, Zaragoza-Martí et al., 2024)
Portant sur des études publiées entre 2013 et 2023 (bases PubMed, Scopus, Cochrane, Web of Science), cette revue confirme que les modèles alimentaires considérés comme anti-inflammatoires — dont la diète méditerranéenne — pourraient contribuer à la prévention et au traitement de l’endométriose, tout en signalant l’hétérogénéité des méthodologies et l’absence de consensus sur le régime optimal.
Revue narrative (Nutrients, Abulughod et al., 2024 — UNSW Sydney)
Cette revue complète (PubMed, mots-clés : Mediterranean, FODMAP, anti-inflammatory, red meat, omega-3, microbiome, etc.) conclut que plusieurs diètes et nutriments ont montré des résultats prometteurs dans la réduction de la douleur et des symptômes gastro-intestinaux liés à l’endométriose, mais qu’aucune intervention alimentaire unique n’est à ce jour formellement recommandée, et que la nutrition doit s’inscrire dans une approche pluridisciplinaire.
Aliments à privilégier
Les données disponibles orientent vers les recommandations suivantes (niveau de preuve variable, cohérence des données globalement convergente) :
Priorité haute : huile d’olive extra vierge (effet anti-inflammatoire de l’oléocanthal comparable à l’ibuprofène pour des doses importantes — Nature, Beauchamp et al., 2005) ; huile de colza pressée à froid ; petits poissons gras riches en oméga-3 (sardines, maquereaux, hareng, anchois) à raison de 2 à 3 fois par semaine ; légumes colorés (crucifères, épinards, betterave, poivrons) riches en polyphénols et antioxydants ; fruits rouges et agrumes riches en vitamine C ; légumineuses (riches en fibres et protéines végétales) ; oléagineux non salés (noix riches en oméga-3) ; épices anti-inflammatoires (curcuma associé au poivre noir pour optimiser la biodisponibilité de la curcumine, gingembre).
À limiter ou éviter : viandes rouges et charcuteries (maximum 500 g/semaine selon l’OMS, idéalement moins en cas d’endométriose) ; sucres raffinés et produits ultra-transformés ; graisses trans (margarines hydrogénées, produits industriels) ; alcool ; caféine en excès (données conflictuelles, mais Piasco suggère une réduction progressive).
La question du gluten
La relation entre gluten et endométriose est l’une des plus débattues dans la littérature. Fabien Piasco recommande l’éviction du gluten chez les femmes atteintes d’endométriose en privilégiant des sources variées de céréales et de farines pauvres en gluten, s’appuyant entre autre, sur le fait que le gluten peut augmenter la perméabilité intestinale (« leaky gut ») et majorer la charge inflammatoire systémique. Il cite également une étude montrant des résultats plus positifs sur les symptômes de personnes atteintes d’endométriose associant un traitement par diénogest avec une éviction du gluten vs diénogest avec gluten.
La littérature académique est plus nuancée. Une revue critique publiée dans Frontiers in Nutrition (Brouns et al., 2023) et un article de l’AJOG Global Reports (van Haaps et al., 2024) concluent tous deux qu’un régime sans gluten pour les patient·es atteint·es d’endométriose manque à ce jour de preuves suffisantes pour une recommandation générale. La seule étude interventionnelle publiée (Marziali et al., Minerva Chirurgica, 2012) rapportait une réduction de la douleur chez 75 % des femmes après 12 mois de régime sans gluten, mais comportait des limites méthodologiques importantes (absence de groupe contrôle, biais de sélection).
Position raisonnable pour les professionnels : en l’absence de diagnostic de maladie cœliaque ou de sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC), un régime sans gluten strict n’est pas formellement recommandable en première intention. En revanche, réduire les produits à base de blé ultra-transformés (pain blanc industriel, viennoiseries, biscuits) est cohérent dans le cadre d’un régime anti-inflammatoire global. Un essai de 3 mois de régime sans gluten, avec évaluation objective des symptômes avant et après, peut être proposé par un professionnel de santé à une patiente motivée.
La question des produits laitiers
Les protéines laitières bovines et en particulier la caséine A1 présente dans le lait de vache standard occidental, font l’objet de préoccupations similaires : elles pourraient entretenir une réponse immuno-inflammatoire chez des sujets prédisposés. Les données scientifiques ici sont encore plus préliminaires que pour le gluten, et la méta-analyse de l’umbrella review (2025) rapporte paradoxalement un effet protecteur modeste des produits laitiers sur le risque d’endométriose (OR 0,874). Cette association pourrait s’expliquer par la richesse des produits laitiers en vitamine D, calcium et protéines anti-inflammatoires. La prudence s’impose donc avant d’indiquer une éviction systématique des produits laitiers.
Par ailleurs, les produits laitiers gras présenteraient des teneurs plus importantes de diverses molécules type perturbateurs endocriniens, de pesticides et hormones.
Les FODMAP : définition et mécanismes
Les FODMAP (Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols) sont des glucides fermentescibles à chaîne courte, faiblement absorbés dans l’intestin grêle, qui fermentent rapidement dans le côlon en produisant gaz et osmose hydrique. Les principaux FODMAP alimentaires sont : les fructanes (blé, seigle, oignon, ail, poireau, artichauts), les galacto-oligosaccharides (légumineuses), le lactose (produits laitiers), le fructose en excès (miel, certains fruits), et les polyols (édulcorants en -ol, certains fruits à noyau).
Développé dans les années 2000 par le Professeur Peter Gibson et son équipe de Monash University (Melbourne, Australie), le protocole FODMAP low (LFD) vise à identifier le ou les types d’aliments qui seraient mal digéré par une personne, en conséquence d’un ou plusieurs mécanismes (trouble du microbiote, sensibilisation viscérale…), en vue d’en diminuer leur consommation.
Il a initialement démontré son efficacité pour accompagner la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable (SII/IBS), avec un taux de réponse de 50 à 70 % dans les méta-analyses. Son extension à l’endométriose est naturelle : 75 % des femmes atteintes d’endométriose rapportent des symptômes gastro-intestinaux significatifs (ballonnements, douleurs abdominales, constipation, diarrhée, dyschesie) qui altèrent leur qualité de vie.
Le mécanisme commun est la hypersensibilité viscérale : les lésions d’endométriose, l’inflammation provoquée, et la douleur qui se chronicise génèrent une sensibilisation du système nerveux entérique et des viscères pelviens, et les FODMAP, en distendant le côlon par fermentation, déclenchent une réponse douloureuse amplifiée chez des femmes déjà hypersensibilisées.
Les données scientifiques clés
ECR EndoFOD (Alimentary Pharmacology & Therapeutics, Monash University, 2025)
C’est à ce jour l’essai contrôlé randomisé le plus rigoureux réalisé spécifiquement sur le protocole FODMAP dans l’endométriose. Il s’agit d’un essai croisé en simple aveugle, contrôlé par alimentation fournie, publié en 2025. 35 femmes avec endométriose confirmée (par laparoscopie et/ou imagerie) et symptômes gastro-intestinaux mal contrôlés ont été randomisées pour suivre pendant 28 jours soit un régime LFD (< 5 g/jour de FODMAPs), soit un régime contrôle (20 g/jour de FODMAPs), puis ont croisé vers l’autre bras après une période de lavage.
Résultats : 60 % des participantes ont répondu au régime LFD avec des améliorations cliniquement significatives de leurs symptômes gastro-intestinaux, contre 26 % dans le groupe contrôle. La sévérité globale des symptômes était 40 % plus basse sous régime LFD que sous régime contrôle. Des améliorations significatives ont également été notées sur la douleur abdominale, les ballonnements et la consistance des selles.
Étude rétrospective (Moore et al., Aust NZ J Obstet Gynaecol, 2017)
Parmi 160 femmes présentant des critères Rome III d’IBS, 36 % avaient une endométriose concomitante. Après 4 semaines de régime LFD, 72 % des femmes ayant endométriose + IBS rapportaient une amélioration de plus de 50 % de leurs symptômes digestifs, contre 49 % des femmes avec IBS seule (p = 0,001 ; OR = 3,11). Cette supériorité chez les femmes avec endométriose est interprétée comme le reflet de la sévérité plus grande de la sensibilisation viscérale dans cette population.
Étude de cohorte prospective néerlandaise (van Haaps et al., Human Reproduction, 2023)
Cette étude prospective a suivi pendant 6 mois des femmes atteintes d’endométriose choisissant entre un régime LFD, un régime « endométriose » (anti-inflammatoire) ou aucun régime (groupe contrôle), avec guidance diététique intensive. Par rapport à leur situation de base, les femmes suivant un régime (LFD ou endométriose) rapportaient significativement moins de dyspareunies profondes non cycliques, de dysuries cycliques, de ballonnements et de fatigue après 6 mois. Aucune différence significative n’a été observée sur les dysménorrhées — résultat cohérent avec la nature organique de ce symptôme.
Étude de cohorte prospective (BMC Women’s Health, 2025)
Cette étude a évalué l’effet du régime LFD chez des femmes atteintes d’endométriose en utilisant le questionnaire validé Groningen-DeFeC. Les résultats sont cohérents avec les études précédentes : amélioration significative de la constipation, des ballonnements, de la douleur abdominale et de la qualité de vie après la phase d’élimination et de réintroduction progressive.
Comment fonctionne le protocole FODMAP ?
Le protocole FODMAP se déroule en trois phases distinctes, idéalement supervisées par un diététicien-nutritionniste formé à la méthode Monash :
Phase 1 — Restriction (2 à 6 semaines) : élimination de l’ensemble des aliments à haute teneur en FODMAPs. Cette phase identifie si les symptômes sont FODMAPs-dépendants. Elle ne doit pas être maintenue à long terme en raison du risque de réduction de la diversité du microbiote intestinal (les fibres FODMAPs sont des prébiotiques importants).
Phase 2 — Réintroduction progressive : réintroduction systématique de chaque famille de FODMAP, une à la fois, sur des intervalles de 3 jours, pour identifier les familles individuellement tolérées ou non. Cette phase est la plus informative et la plus individualisante.
Phase 3 — Personnalisation à long terme : établissement d’un régime personnalisé évitant/réduisant spécifiquement les familles mal tolérées, tout en réintroduisant les aliments bien tolérés pour préserver la diversité alimentaire et le microbiote.
Un point critique souvent méconnu : le régime LFD strict est transitoire ! la phase 1 ne devrait pas excéder 6 semaines. La restriction prolongée de l’ensemble des FODMAPs réduit les bactéries bénéfiques productrices de butyrate et peut aggraver la dysbiose intestinale, paradoxalement néfaste dans l’endométriose.
FODMAP et microbiote : une tension à gérer
Un point de vigilance important est soulevé par la revue de Brouns et al. (Frontiers in Nutrition, 2023) : le régime FODMAP réduit l’apport en fructanes (présents dans le blé, l’oignon, l’ail) qui sont d’importants prébiotiques. Une restriction prolongée peut réduire l’épaisseur du mucus intestinal, altérer la barrière intestinale et diminuer les populations bactériennes anti-inflammatoires. Cette tension entre soulagement des symptômes et santé du microbiote à long terme plaide encore davantage pour un protocole FODMAP structuré en 3 phases, accompagné par un·e professionnel·le.
Oméga-3 (EPA/DHA)
Les oméga-3 sont les nutriments les mieux documentés dans l’endométriose. Ils inhibent la production de prostaglandines PGE2 et leucotriènes pro-inflammatoires, et favorisent la synthèse de résolvines et protectines aux propriétés résolutives de l’inflammation. Plusieurs études observationnelles associent une consommation élevée de poissons gras à une réduction du risque d’endométriose et à une diminution des dysménorrhées. La méta-analyse de Meneghetti et al. (Reprod Sci, 2024) portant sur des ECR identifie les agents anti-inflammatoires (combinaison incluant huile de poisson) comme les suppléments montrant les résultats les plus favorables sur la douleur pelvienne.
Une revue critique (Brouns et al., 2023) rappelle cependant que les données issues d’études animales ne se transposent pas toujours aisément à l’humain, et que les essais d’intervention spécifiques aux oméga-3 dans l’endométriose restent limités en nombre et en qualité.
Recommandation pratique : 2 à 3 portions hebdomadaires de poissons gras petits et sauvages (sardines, maquereaux, anchois, harengs — moins bioaccumulés en métaux lourds que le saumon d’élevage) ; complément alimentaire d’oméga-3 (EPA+DHA, 1 à 2 g/jour) discuté avec un·e professionnel·le de santé, notamment en cas de régime pauvre en poissons.
Vitamine D
Les personnes atteintes d’endométriose présentent plus fréquemment une carence en vitamine D que la population générale, comme le documentent une revue systématique (Hormones, Kalaitzopoulos et al., 2020) et une étude NHANES (PLOS ONE, Xie et al., 2024). La vitamine D exerce des effets immuno-modulateurs, anti-prolifératifs et anti-angiogéniques susceptibles de limiter la progression des lésions endométriales. La supplémentation en vitamine D a montré des bénéfices sur les symptômes douloureux dans certaines études (Gynecol Endocrinol, 2021).
Recommandation pratique : dosage de la 25-OH vitamine D sérique chez toutes les patientes atteintes d’endométriose ; supplémentation adaptée en cas de carence (< 30 ng/mL) selon les recommandations du médecin traitant.
Antioxydants (vitamines C et E, curcumine, resvératrol)
Une méta-analyse (Reprod Biol Endocrinol, Zheng et al., 2023) portant sur les essais randomisés de supplémentation en vitamines antioxydantes rapporte une réduction significative de la douleur pelvienne liée à l’endométriose, l’association vitamines C + E montrant les effets les plus constants. La curcumine (pigment actif du curcuma) a démontré des propriétés anti-prolifératives sur les cellules endométriales in vitro et dans des modèles animaux, mais les ECR chez l’humain sont encore peu nombreux. Le resvératrol (polyphénol des raisins) a montré des effets anti-estrogéniques et anti-angiogéniques dans des études préliminaires.
La méta-analyse de Meneghetti et al. (2024), portant spécifiquement sur des ECR, note toutefois une hétérogénéité importante entre études et souligne que 9 ECR ne montrent pas de différence significative entre suppléments antioxydants et placebo sur les critères de douleur, dysménorrhée et dyspareunie, tandis qu’une autre méta-analyse rapporte un bénéfice significatif sur la douleur pelvienne, particulièrement pour les patientes de plus de 32 ans, avec une maladie de stade III-IV et après plus de 8 semaines de supplémentation.
Magnésium et fer
Le magnésium a des propriétés myorelaxantes et participe à la régulation de la douleur ; une carence fréquente dans la population générale peut aggraver les crampes menstruelles. Le fer mérite une attention particulière : une étude de cohorte (Womens Health Issues, Gete et al., 2024) a documenté un risque accru de carence en fer chez les femmes atteintes d’endométriose, en lien avec les saignements menstruels abondants. Le suivi de la NFS et de la ferritinémie fait partie intégrante du suivi nutritionnel.
Il serait incomplet de parler de nutrition et d’endométriose en France sans situer précisément le rôle de Fabien Piasco. Son ouvrage L’alimentation anti-endométriose, à sa 7ème édition en 2024, est structuré à plusieurs niveaux de lecture (conseils pratiques, explications techniques, données scientifiques pointues), ce qui le rend accessible aussi bien aux patient·es qu’aux professionnel·les. Comme Piasco lui-même le souligne dans ses interviews, il y a souvent un décalage temporel entre ce que disent les études scientifiques et ce qui est officiellement recommandé en clinique, il explique que son travail consiste précisément à combler ce fossé en s’appuyant sur les études disponibles. Néanmoins certaines des études qu’il cite, manque de puissance méthodologique et statistique.
Sa démarche est cohérente avec ce que l’on pourrait appeler la « nutrition fonctionnelle de précision » : il ne s’agit pas de proposer un régime uniforme à toutes les femmes, mais d’identifier les mécanismes physiopathologiques de la maladie et d’adapter les conseils alimentaires à ces mécanismes. Cela inclut des dimensions que la recherche académique conventionnelle aborde peu : les perturbateurs endocriniens alimentaires et environnementaux (bisphénols dans les emballages plastiques, pesticides dans les aliments non bio, dioxines dans certains poissons gras de grande taille), qui peuvent mimer ou amplifier l’action des œstrogènes et aggraver la maladie.
Cette approche est cohérente et préventive, même si le niveau de preuve direct sur certaines recommandations (éviction du gluten chez tous·tes les patient·es, impact des perturbateurs endocriniens spécifiquement sur la progression de l’endométriose) reste limité par l’absence d’ECR dédiés. L’honnêteté intellectuelle de Piasco qui précise dans ses ouvrages écrire « en l’absence de recommandations officielles, voilà ce que dit la science », est à souligner.
La revue de Springer Nature (Curr Obes Rep, 2025) insiste sur la nécessité d’une approche de nutrition médicale de précision, prenant en compte le profil génétique, le microbiote, le métabolisme individuel et les comorbidités (surpoids, résistance à l’insuline, SOPK associé) pour définir le meilleur modèle alimentaire pour chaque patient·e. Les auteur·ices recommandent l’intégration systématique d’un·e nutritionniste clinicien·ne dans l’équipe pluridisciplinaire de prise en charge de l’endométriose.
En pratique, plusieurs pièges sont à éviter sans accompagnement professionnel :
- le protocole FODMAP n’est pas un régime, la phase 1 ne doit pas être maintenue (risque de dysbiose),
- la supplémentation en antioxydants sans bilan préalable (risque d’excès de certains nutriments),
- les régimes trop restrictifs induisant des carences (fer, oméga-3, vitamine D, magnésium),
- les évictions systématiques (gluten, lactose …),
- et la culpabilisation alimentaire, particulièrement nocive dans le contexte d’une maladie chronique déjà source de souffrance et d’isolement.
La littérature scientifique dans ce domaine présente des lacunes :
- La majorité des études disponibles sont observationnelles (cas-contrôle, cohortes), permettant d’établir des associations mais non des causalités.
- Les études contrôlées randomisées dans l’endométriose sont peu nombreuses, souvent de petit effectif, hétérogènes dans leurs protocoles.
- Il n’existe pas encore de consensus clinique officiel intégrant des recommandations nutritionnelles spécifiques dans les guidelines de l’ESHRE ou de la HAS.
- L’alimentation optimale n’est pas identifiée, et les études comparant directement différentes approches alimentaires sont quasi absentes.
- Enfin, la plupart des études portent sur des marqueurs biochimiques ou des symptômes auto-rapportés, rarement sur des critères objectifs d’évolution lésionnelle.
Ces limites ne signifient pas que la nutrition est sans effet, elles signifient que la recherche doit se structurer davantage, et que les recommandations doivent être formulées avec une honnêteté sur les niveaux de preuve.
Le soja est probablement l’aliment le plus controversé dans les discussions autour de l’endométriose. Il est souvent présenté comme un danger hormonal à éviter absolument — une affirmation que la littérature scientifique actuelle ne confirme pas, mais qui mérite d’être examinée sérieusement et avec nuance.
Les produits à base de soja : de quoi parle-t-on ?
Le soja se décline en une grande diversité de produits aux profils nutritionnels distincts :
- Tofu ferme — coagulation du lait de soja avec du chlorure de magnésium (nigari) ou du sulfate de calcium. Riche en protéines complètes (8 g/100 g), calcium (selon coagulant), fer, magnésium. Texture dense, polyvalent en cuisine.
- Tofu soyeux (silken tofu) — non pressé, texture crémeuse, teneur en eau élevée, plus faible en protéines. Utilisé dans les sauces, desserts, smoothies protéinés.
- Tofu fumé ou mariné — tofu ferme ayant subi un fumage ou une marinade. Profil nutritionnel similaire au tofu ferme, avec un apport en sodium plus élevé selon la préparation.
- Lait de soja (boisson végétale de soja) — la plus proche du lait animal en termes de profil protéique (3,3 g/100 mL). Version enrichie recommandée (calcium, B12, vitamine D).
- Yaourt de soja (yaourt végétal fermenté) — fermentation par Lactobacillus et Streptococcus thermophilus. Apport en probiotiques, protéines, et isoflavones légèrement réduites par la fermentation.
- Edamame — fèves de soja immatures, riches en fibres, protéines végétales, vitamine K et folates. Faible indice glycémique.
- Miso — pâte fermentée (soja + sel + champignon Aspergillus oryzae). Fermentation longue (6 mois à 3 ans). Riche en probiotiques, vitamine B12 marginale (variable), acides aminés. Sodium élevé.
- Tempeh — fermentation de fèves de soja entières par Rhizopus oligosporus. Densité protéique élevée (19 g/100 g), fibres, fer, zinc et vitamine B12 en traces. La fermentation réduit les phytates, améliorant la biodisponibilité des minéraux.
- Natto — fermentation par Bacillus subtilis natto. Exceptionnellement riche en vitamine K2 (ménaquinone-7), nattokinase (activité fibrinolytique documentée). Goût et texture caractéristiques.
Fermenté ou non fermenté : une distinction importante
La fermentation modifie le profil du soja : elle réduit les phytates (inhibiteurs d’absorption des minéraux), transforme partiellement les isoflavones en formes plus biodisponibles (daidzéine en équol pour les producteur·ices d’équol), et génère des metabolites bénéfiques pour le microbiote. Miso, tempeh et natto sont donc nutritionnellement différents du tofu ou du lait de soja non fermentés, y compris sur le plan des isoflavones.
Données épidémiologiques : soja et longévité au Japon
Le Japon est régulièrement cité comme exemple de population combinant une consommation élevée de soja et une espérance de vie parmi les plus hautes du monde (84,3 ans en 2023, première mondiale). Les Japonais·es consomment en moyenne 30 à 50 g de protéines de soja par jour, soit 2 à 4 portions, sous forme de tofu, miso, edamame, natto et lait de soja.
La grande cohorte prospective japonaise JPHC (Japan Public Health Center-based Prospective Study, 92 915 participant·es, suivi médian 14,8 ans) apporte des données longitudinales précieuses sur l’association entre consommation de soja et mortalité :
- Consommation totale de produits de soja : pas d’association significative avec la mortalité toutes causes (HR 0,98 chez les hommes et les femmes — résultat neutre)
- Soja fermenté (natto + miso) : association inverse significative avec la mortalité toutes causes chez les deux sexes (HR 0,90 chez les hommes, p = 0,05 ; HR 0,89 chez les femmes, p = 0,01)
- Natto spécifiquement : association inverse significative avec la mortalité cardiovasculaire chez les deux sexes
Ces résultats suggèrent que ce sont davantage les formes fermentées du soja qui sont associées à un bénéfice pour la longévité, plutôt que le soja en général. Les auteur·es soulignent que les confondants résiduels ne peuvent être exclus.
🔵 Katagiri R., Sawada N., Goto A. et al. — Association of soy and fermented soy product intake with total and cause specific mortality: prospective cohort study — BMJ, 2020, 368:m34. DOI: 10.1136/bmj.m34 — Cohorte JPHC, 92 915 participant·es, suivi 14,8 ans, financement public japonais (MEXT, MHLW). Pas de conflit d’intérêts déclaré. Limite : confusion résiduelle possible avec le mode de vie général japonais.
La même cohorte JPHC, dans une analyse plus récente sur l’indice alimentaire japonais (2025, 93 049 participant·es, suivi médian 18,9 ans), confirme qu’un score élevé d’adhérence à l’alimentation japonaise traditionnelle — incluant les produits de soja comme composante — est associé à une mortalité toutes causes et cardiovasculaire significativement plus basse.
🔵 Murai U., Ishihara J., Takachi R. et al. — Japanese Diet Index Score and Cause-Specific Mortality in Japanese Men and Women: The JPHC Study — Journal of Nutrition, 2025, 155(11):3726-3736. DOI: 10.1016/j.tjnut.2025.09.003 — National Cancer Center Japan, financement public. Pas de conflit d’intérêts déclaré.
Qu’est-ce qu’un phyto-œstrogène ? Comment agissent les isoflavones du soja ?
Les isoflavones du soja — principalement la genistéine, la daidzéine et la glycitéine — sont des composés polyphénoliques dont la structure est proche de celle de l’estradiol. Cette ressemblance structurelle leur permet de se lier aux récepteurs aux œstrogènes (ER), mais avec des caractéristiques d’action très différentes de l’hormone endogène.
Trois caractéristiques clés à retenir
1. Puissance 100 à 1 000 fois plus faible que l’estradiol. In vivo, les isoflavones alimentaires ne se comportent pas comme des œstrogènes forts. Leur liaison aux récepteurs produit une activation partielle, beaucoup moins intense que celle de l’estradiol endogène.
2. Affinité préférentielle pour ERβ plutôt qu’ERα. Le récepteur ERα est plutôt associé à des effets pro-prolifératifs (sein, endomètre), tandis qu’ERβ a des effets plus complexes et souvent modulateurs. La genistéine et l’équol (métabolite de la daidzéine) se lient préférentiellement à ERβ — ce qui distingue fondamentalement leur mécanisme d’action de celui des œstrogènes synthétiques.
3. Comportement SERM-like (modulateur sélectif des récepteurs aux œstrogènes). Selon le tissu, le contexte hormonal et le génotype du récepteur, les isoflavones peuvent agir comme agonistes partiels (légèrement estrogéniques quand l’estradiol est bas) ou comme antagonistes compétitifs (occupant le récepteur quand l’estradiol est élevé, bloquant partiellement son effet). Ce mécanisme dual est celui des SERM médicamenteux comme le tamoxifène.
L’équol : la molécule clé, et son rapport au microbiote
La daidzéine est convertie par certaines bactéries intestinales en équol, une molécule à encore plus forte affinité pour ERβ et aux propriétés anti-inflammatoires documentées. Environ 30 à 50 % de la population occidentale produit de l’équol, contre 50 à 70 % de la population asiatique — ce qui expliquerait en partie les différences d’effets du soja observées entre populations.
Cette variabilité interindividuelle est essentielle : les effets du soja ne sont pas identiques pour tout le monde. Les « producteur·ices d’équol » bénéficient probablement davantage des isoflavones du soja, notamment sur le plan anti-inflammatoire et hormonal.
🟣 Eduardo Iglesias-Aguirre C., Romo-Vaquero M., Victoria Selma M., Carlos Espín J. — Unveiling metabotype clustering in resveratrol, daidzein, and ellagic acid metabolism — Food Research International, 2023, 173(Pt 2):113470. DOI: 10.1016/j.foodres.2023.113470 — CEBAS-CSIC, Espagne. Financement public. Pas de conflit d’intérêts déclaré. Limite : effectif modéré (n = 127).
Les données spécifiques sur l’endométriose
Trois études humaines majeures ont directement examiné le lien entre consommation de soja/isoflavones et risque d’endométriose.
Étude 1 — Mitsunami M. et al. (Nurses’ Health Study II, 2025)
C’est à ce jour la plus grande étude prospective sur le sujet. Elle porte sur 82 084 femmes préménopausées (27-44 ans en 1991), suivies de 1991 à 2021 dans le cadre de la Nurses’ Health Study II, avec 3 829 cas incidents d’endométriose confirmée par laparoscopie documentés sur 1 038 888 personnes-années.
- Chaque portion hebdomadaire supplémentaire de soja est associée à un risque réduit de 8 % d’endométriose confirmée (HR 0,92 ; IC 95% 0,87-0,98)
- L’association est présente chez les femmes sans infertilité concomitante (HR 0,92 ; IC 95% 0,86-0,99), mais pas chez celles avec un diagnostic d’infertilité associé (HR 0,97 — résultat neutre dans ce sous-groupe)
- L’association entre isoflavones et endométriose suit une courbe non linéaire : l’effet protecteur est approximativement linéaire jusqu’à un apport de 4 mg/jour d’isoflavones (environ le 95ème percentile des apports dans cette population occidentale), puis se stabilise
🔵 Mitsunami M., Soria-Contreras D.C., Ortiz-Panozo E., Harris H.R., Missmer S.A., Chavarro J.E. — Soy consumption and the risk of laparoscopically confirmed endometriosis in a prospective cohort study — Fertility and Sterility, 2025, 124(5 Pt 2):1061-1070. DOI: 10.1016/j.fertnstert.2025.06.028 — Harvard T.H. Chan School of Public Health, financement NIH. Pas de conflit d’intérêts déclaré. Limites : exposition autodéclarée par questionnaire, population de soignantes américaines non représentative de la population générale, consommation de soja relativement modeste dans cette cohorte.
Étude 2 — Tsuchiya M. et al. (Japon, 2007, Epidemiology)
Étude cas-témoins imbriquée sur 138 femmes japonaises (20-45 ans) consultant pour infertilité, avec diagnostic d’endométriose confirmé laparoscopiquement. Mesure objective des isoflavones par dosage urinaire de genistéine et daidzéine.
- Pour l’endométriose avancée (stades III-IV), les femmes dans le quartile le plus élevé d’isoflavones urinaires avaient un risque nettement réduit : OR ajusté ≈ 0,21 (IC 95% 0,06-0,76) pour la genistéine
- Pas d’association claire pour les stades I-II
- L’effet protecteur était modifié par le polymorphisme du gène ESR2 (récepteur aux œstrogènes β) : certains génotypes amplifiaient l’effet protecteur supposé
🟣 Tsuchiya M. et al. — Epidemiology, 2007 — National Cancer Center japonais. Financement public. Forces : mesure objective (urine), diagnostic laparoscopique. Limites : n relativement petit, monocentrique, population japonaise à forte consommation de soja (résultats non directement transposables à une population occidentale à faible consommation).
Étude 3 — Mumford S.L. et al. (États-Unis, 2017, Journal of Nutrition)
Étude prospective/cas-témoins nichée sur 495 femmes préménopausées opérées (laparoscopie/laparotomie) et 131 femmes de la population générale (IRM pelvienne). Dosage urinaire de genistéine, daidzéine, équol et lignanes.
- Aucune association significative entre niveaux urinaires de phytoestrogènes et endométriose (RR ajustés entre 0,87 et 1,09, IC incluant 1)
- Aucune association entre auto-déclaration d’apport élevé en soja et endométriose
🟣 Mumford S.L. et al. — Journal of Nutrition, 2017 — Financement NIH. Pas de conflit d’intérêts déclaré. Diagnostic standardisé. Limite : population américaine à faible consommation de soja, ce qui peut limiter la puissance de détection d’un effet.
Interprétation combinée des trois études
Les trois études humaines disponibles convergent vers un profil cohérent : pas d’étude ne montre que la consommation alimentaire de soja augmente le risque ou la sévérité de l’endométriose. Deux études (Tsuchiya 2007, Mitsunami 2025) suggèrent un effet protecteur modeste, avec une plausibilité mécanistique (affinité ERβ, propriétés anti-inflammatoires). Une étude (Mumford 2017) montre un résultat neutre dans une population à faible consommation. Ces données sont cohérentes — elles ne se contredisent pas, elles reflètent des niveaux d’exposition différents.
Soja et cancer du sein : un point de clarification important
La crainte du soja dans l’endométriose est souvent calquée sur une crainte du soja dans le cancer du sein hormono-dépendant — une crainte qui est elle-même largement infirmée par les données actuelles chez l’humain.
La méta-analyse de Boutas I. et al. (In Vivo, 2022), portant sur des études prospectives sur isoflavones et cancer du sein, conclut à une corrélation inverse claire entre consommation d’isoflavones de soja et risque de cancer du sein, chez les femmes pré- et post-ménopausées. La méta-analyse de Shin S. et al. (Clinical Nutrition, 2023) sur la population asiatique confirme que les protéines de soja et les isoflavones réduisent le risque de cancer du sein de respectivement 35 % et 32 %, tout en notant que le « soja en aliment entier » ne montre pas d’effet significatif dans cette méta-analyse (suggérant que la forme et la dose importent).
La méta-analyse de Qiu S. & Jiang C. (European Journal of Nutrition, 2018) apporte également des données importantes pour les personnes ayant un antécédent de cancer du sein : la consommation pré-diagnostic de soja est associée à une réduction modeste de la mortalité globale (HR 0,84 ; IC 95% 0,71-0,98) et la consommation pré- et post-diagnostic à une réduction du risque de récidive.
🟣 Boutas I., Kontogeorgi A., Dimitrakakis C., Kalantaridou S.N. — Soy Isoflavones and Breast Cancer Risk: A Meta-analysis — In Vivo, 2022, 36(2):556-562. DOI: 10.21873/invivo.12737
🟣 Shin S., Fu J., Shin W.K. et al. — Association of food groups and dietary pattern with breast cancer risk: A systematic review and meta-analysis — Clinical Nutrition, 2023, 42(3):282-297. DOI: 10.1016/j.clnu.2023.01.003
🟣 Qiu S., Jiang C. — Soy and isoflavones consumption and breast cancer survival and recurrence — European Journal of Nutrition, 2018, 58(8):3079-3090. DOI: 10.1007/s00394-018-1853-4
La position de l’ANSES : contexte et limites
En 2005, l’AFSSA (devenue ANSES en 2010) avait émis des recommandations de précaution concernant les aliments à base de soja, déconseillant leur consommation :
- aux nourrissons (sauf en cas d’allergie aux protéines de lait de vache)
- aux femmes enceintes ou allaitantes
- aux femmes ayant des antécédents personnels ou familiaux de cancer du sein
- aux femmes souffrant de troubles hormonaux dont l’endométriose
Ces recommandations avaient été établies sur la base du principe de précaution, dans un contexte où les études humaines robustes manquaient. Depuis, la littérature s’est considérablement enrichie.
⚠️ Ce que l’on peut dire sur les recommandations ANSES 2005
Les recommandations de précaution de l’ANSES de 2005 concernant l’endométriose et le soja n’ont jamais été fondées sur des études humaines montrant un risque — elles étaient fondées sur une hypothèse mécanistique (les phyto-œstrogènes pourraient stimuler une maladie estrogéno-dépendante) et sur le principe de précaution face à un manque de données. Or, les données accumulées depuis 2005 — notamment les deux grandes cohortes prospectives (Mumford 2017, Mitsunami 2025) — non seulement n’ont pas confirmé ce risque, mais ont montré une tendance protectrice ou neutre. L’ANSES n’a pas mis à jour ces recommandations spécifiques à l’endométriose de façon explicite. Il est scientifiquement inexact de présenter ces recommandations vieilles de 20 ans comme reflétant l’état actuel des connaissances.
L’évaluation de l’EFSA (2015) sur les isoflavones en compléments alimentaires (35-150 mg/j chez les femmes ménopausées), plus récente et plus rigoureuse, ne retrouve pas de signal de risque mammaire ni de risque endométrial à 30 mois, avec une prudence pour les usages à très long terme de compléments isolés à forte dose — ce qui est une situation très différente de la consommation alimentaire courante de 1 à 2 portions de soja par jour.
Ce qu’on peut dire en pratique pour les personnes concernées par l’endométriose
En l’état actuel des connaissances, les données humaines disponibles ne justifient pas d’interdire ni même de déconseiller de manière générale les aliments à base de soja aux personnes atteintes d’endométriose. Il n’existe pas d’étude humaine montrant que la consommation alimentaire de soja aggrave l’endométriose, augmente la douleur, ou accélère la progression de la maladie.
- Une consommation alimentaire modérée de 1 à 2 portions de soja par jour (tofu, lait de soja, edamame, tempeh, miso) est compatible avec les données actuelles, sans signal de toxicité hormonale chez l’adulte ni de majoration du risque d’endométriose.
- Les formes fermentées (miso, tempeh, natto) sont celles qui montrent le bénéfice le plus cohérent pour la santé globale dans les études longitudinales.
- Les compléments concentrés en isoflavones isolées (> 60-100 mg/j), pris en dehors d’une alimentation normale, restent une zone de prudence distincte des aliments, notamment en cas de cancer hormono-dépendant personnel ou familial, ou de pathologie thyroïdienne non équilibrée — ce qui est la position de l’EFSA 2015.
- Si une personne observe une aggravation nette et reproductible de ses symptômes après des repas riches en soja, un test de réduction ciblée peut se discuter — mais comme observation individuelle, pas comme règle générale basée sur un risque démontré.
Repères pratiques pour une alimentation adaptée
⚠️ Cette page s’inscrit dans une approche globale de la prise en charge de l’endométriose et de l’adénomyose. Elle ne remplace pas un avis médical ni un suivi diététique personnalisé. Elle ne remplace pas un avis médical ni un suivi diététique personnalisé. ‘alimentation est un levier complémentaire — utile, documenté, sans effet secondaire quand il est adapté — mais elle ne se substitue pas aux traitements médicaux et chirurgicaux. En cas de doute, de restrictions alimentaires importantes ou de troubles digestifs associés, un·e diététicien·ne ou nutritionniste formé·e peut vous accompagner de manière individualisée.
L’alimentation recommandée (anti-inflammatoire, méditérranéenne) n’est pas d’un régime curatif. Les études disponibles montrent des associations, pas toujours des relations causales. Les niveaux de preuve en nutrition restent globalement modérés dans ce domaine, du fait de la difficulté à isoler l’alimentation d’autres facteurs (mode de vie, génétique, biais de rappel alimentaire).
Ces termes sont souvent utilisés de façon floue. La classification NOVA, développée par l’équipe de Monteiro (Université de São Paulo), est aujourd’hui la référence académique internationale.
Groupe 1 — Aliments non transformés ou peu transformés
Légumes crus ou cuits à la vapeur, fruits entiers, légumineuses sèches, viande fraîche, œufs, lait entier, noix brutes, farine complète sans additifs…
Groupe 2 — Ingrédients culinaires transformés
Huile végétale, beurre, sel, sucre, farine blanche… Issus de procédés simples (pressage, raffinage). Utilisés en cuisine, pas consommés seuls.
Groupe 3 — Aliments transformés
Conserves de légumineuses, fromages, pain au levain artisanal, poissons fumés, viandes en saumure… Transformation limitée pour conservation ou goût.
Groupe 4 — Aliments ultra-transformés (PUT)
Plats préparés industriels, céréales sucrées, sodas, charcuteries, biscuits, chips, surimi, substituts de repas… Contiennent des additifs (émulsifiants, colorants, arômes artificiels, édulcorants) absents de la cuisine maison.
Les produits ultra-transformés contiennent des additifs émulsifiants (polysorbate 80, carraghénanes) qui altèrent la barrière intestinale, des graisses trans, des sucres raffinés et génèrent davantage de produits de glycation avancée (AGEs). Ils sont associés à une inflammation systémique de bas grade et à une dysbiose intestinale.
🔵 Niveau de preuves solides — He Q et al. Food Funct. 2023;14(19):8785-8796. DOI: 10.1039/d3fo02069j — Cohorte prospective UK Biobank, 207 002 participant·es, suivi médian 13 ans. Forte puissance statistique. Concerne la BPCO, mais les mécanismes médiateurs (inflammation, glucose, lipides) sont transposables.
🟠 Niveau de preuves préliminaires — Guglielmetti M et al. Front Neurol. 2023;14:1086720. DOI: 10.3389/fneur.2023.1086720 — Étude transversale sur la SEP et les PUT selon NOVA. Résultats préliminaires, effectif limité. Utilisation de la classification NOVA validée.
L’alimentation méditerranéenne est à ce jour le modèle alimentaire le mieux documenté pour ses effets anti-inflammatoires. Elle ne se réduit pas à une liste d’aliments : c’est un mode de manger — diversifié, peu transformé, riche en végétaux, en graisses insaturées et en fibres.
Caractéristiques principales
• Grande place des végétaux : légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes
• Huile d’olive vierge extra comme corps gras principal
• Poissons gras (sardines, maquereaux, anchois) plusieurs fois par semaine
• Viande rouge limitée (moins d’une fois par semaine)
• Produits laitiers avec modération (yaourts, fromages de qualité)
• Herbes aromatiques et épices en remplacement partiel du sel
• Eau et tisanes comme boissons principales
• Cuisson douce, peu de fritures
Plusieurs revues spécifiques à l’endométriose identifient ce modèle comme la première recommandation nutritionnelle, avant toute approche d’élimination plus restrictive.
🟣 Szczuko M. et al. — Nutrients, 2025 — La diète méditerranéenne et la diète MIND sont identifiées comme première étape recommandée avant tout régime d’élimination.
🟠 Barrea L. et al. — Current Obesity Reports, 2025 — Revue sur la thérapie nutritionnelle médicale : la diète méditerranéenne est associée à une réduction de la douleur et à une amélioration de la qualité de vie.
Les fruits et légumes frais sont la base de l’alimentation anti-inflammatoire : riches en fibres prébiotiques, en antioxydants (vitamines C, E, caroténoïdes), en polyphénols et en minéraux essentiels. Leur diversité garantit un apport large en phytonutriments aux effets synergiques. Ils doivent être variés, de saison et idéalement bios.
🥦 Légumes colorés
Brocoli, épinards, betterave, poivron, carotte, courgette, chou, roquette… Riches en antioxydants et fibres solubles qui nourrissent le microbiote protecteur. Les crucifères contiennent en plus du sulforaphane aux propriétés anti-inflammatoires.
✅ Varier les couleurs à chaque repas. Cuisson à la vapeur douce pour préserver les vitamines.
🫐 Fruits rouges et baies
Myrtilles, framboises, grenades, cerises acidulées. Particulièrement riches en anthocyanes et acide ellagique, deux polyphénols aux propriétés anti-inflammatoires documentées.
Les cerises acidulées inhibent certaines voies de la COX-2.
✅ De préférence frais ou surgelés sans sucre ajouté — les baies surgelées conservent leurs polyphénols.
🌿 Manger de saison
Un fruit ou légume cueilli à maturité contient davantage de polyphénols et de vitamines qu’un produit récolté avant maturité pour le transport. Le calendrier saisonnier favorise également la diversité du microbiote. Tomates et courgettes en été, courges et choux en automne-hiver, asperges et petits pois au printemps.
🌱 Bio : utile, mais à hiérarchiser
Privilégier le bio pour les aliments consommés avec la peau (fraises, pommes, raisins, tomates cerises, poivrons, épinards). En cas de contraintes budgétaires : priorité aux fruits rouges, pommes, raisins et légumes feuilles.
🌾 Féculents complets — varier les sources
Riz complet, sarrasin, avoine, quinoa, épeautre, millet, sorgho… Les fibres insolubles accélèrent le transit (important dans les symptômes digestifs associés à l’endométriose), et les fibres solubles (bêta-glucanes de l’avoine) nourrissent les bactéries productrices de butyrate, acide gras à chaîne courte aux effets anti-inflammatoires.
✅ Varier les sources sur la semaine. Le sarrasin est sans gluten et riche en rutine (flavonoïde). Remplacer le pain blanc par du pain au levain complet (plus digeste).
🫘 Légumineuses — deux à trois fois par semaine minimum
Lentilles, pois chiches, haricots secs, fèves, pois cassés. Riches en fibres solubles et en protéines végétales, elles limitent les pics glycémiques et apportent folates, fer non héminique et magnésium. Leur fermentation dans le côlon produit du butyrate bénéfique pour la muqueuse intestinale.
✅ En cas de ballonnements : commencer par les lentilles corail (plus digestes) et augmenter progressivement. Rincer les conserves. Les faire tremper facilite la digestion.
🟣 Youseflu S et al. Int J Reprod Biomed. 2019;17(9):661-670. DOI: 10.18502/ijrm.v17i9.5102 — Une consommation élevée de légumineuses est associée à un risque réduit d’endométriose dans cette étude cas-témoins iranienne.
🌰 Oléagineux — une petite poignée quotidienne
Noix, amandes, noisettes, graines de lin, graines de chia, graines de courge tels quels, en salade, en purée sur des tartines ou dans les pâtisseries. Les noix sont la source végétale la plus riche en ALA (acide alpha-linolénique, précurseur des oméga-3). Les graines de lin et de chia contiennent des lignanes aux propriétés phyto-estrogènes modérées. Les amandes apportent de la vitamine E antioxydante.
✅ Une petite poignée (environ 30 g) par jour, nature, non grillés, non salés. Moudre les graines de lin pour en assimiler les nutriments.
🟣 Zaragoza-Martí A. et al. — Nutrición Hospitalaria, 2024
🟣 Youseflu S. et al. — Int J Reprod Biomed, 2019
🔵 Al Bander Z. et al. — Int J Environ Res Public Health, 2020 — sur l’axe fibres-microbiote-inflammation
🐟 Petits poissons gras
Les poissons gras sont la source alimentaire la plus biodisponible en EPA et DHA, les deux acides gras oméga-3 à longue chaîne aux effets anti-inflammatoires les mieux documentés. Ils entrent en compétition métabolique avec l’acide arachidonique (AA, oméga-6 pro-inflammatoire) pour la production d’eicosanoïdes.
Sardines, maquereaux, anchois, harengs : Très riches en EPA et DHA (oméga-3 à longue chaîne) et en vitamine D. Leur petite taille les place en bas de chaîne alimentaire, ce qui limite la bioaccumulation de mercure et de polluants organiques persistants.
✅ Deux à trois portions par semaine. En conserve à l’huile d’olive ou au naturel : économiques et pratiques.
🟣 Marcinkowska A & Górnicka M. Life (Basel). 2023;13(3):654. DOI: 10.3390/life13030654 — Les AGPI oméga-3 sont associés à un risque réduit d’endométriose et à une réduction de la douleur, avec revue des mécanismes lipidiques.
⚠️ Thon et grands poissons (saumon d’élevage, espadon) — à limiter. Pourquoi : Les grands prédateurs concentrent davantage de mercure (méthylmercure) par bioaccumulation. Le mercure est un perturbateur endocrinien et neurotoxique. Le thon rouge sauvage de Méditerranée dépasse régulièrement les limites légales (> 1 mg/kg). Le saumon d’élevage peut contenir des PCB et des antibiotiques selon l’origine.
✅ Limiter le thon à une fois par semaine (éviter pour les personnes enceintes ou en projet de grossesse). Privilégier le saumon sauvage d’Alaska ou le saumon biologique certifié ASC. Consulter les recommandations ANSES sur les poissons gras.
🟣 Annibaldi A et al. Molecules. 2019;24(7):1273. DOI: 10.3390/molecules24071273 — Mesure du mercure dans le thon atlantique en Méditerranée ; le thon sauvage dépasse les limites légales dans cette étude.
Mécanisme clé : oméga-3 vs oméga-6
Les oméga-6 (acide arachidonique) sont précurseurs de prostaglandines E2 pro-inflammatoires — impliquées dans les douleurs de l’endométriose. Les oméga-3 (EPA, DHA) entrent en compétition et génèrent des résolvines anti-inflammatoires. Le rapport oméga-6/oméga-3 dans l’alimentation occidentale est de 15 à 20:1 — l’objectif est de le rapprocher de 4:1.
🟣 Niveau de preuves modérées —Iverson C et al. Sci Rep. 2018;8(1):1217. DOI: 10.1038/s41598-018-19252-x — Les acides gras oméga-3 réduisent dose-dépendamment IL-1β et prostaglandine E in vivo. Conflits d’intérêts déclarés (affiliés à AstraZeneca) : à considérer, les résultats mécanistiques restent cohérents avec la littérature indépendante.
🫒 Huiles et corps gras
Huile d’olive vierge extra — corps gras principal. Riche en acide oléique et en polyphénols (oléocanthal, oleuropéine) aux effets anti-inflammatoires. Stable pour la cuisson douce (en dessous de 180°C).
Huile de lin, huile de noix — riches en ALA (oméga-3 végétal). À utiliser crues uniquement (vinaigrette, ajout après cuisson). Conserver au réfrigérateur.
Huile de colza linoléique en première pression à froid.
❌ Huiles de tournesol, maïs, soja — très riches en oméga-6, déséquilibrent le rapport oméga-6/oméga-3. Remplacer par l’huile d’olive ou de colza.
❌ Margarine, huile de palme, graisses hydrogénées — Contiennent des acides gras trans (AGT) ou saturés à longue chaîne (acide palmitique) qui activent les voies pro-inflammatoires NF-κB et augmentent le risque d’endométriose dans des études observationnelles.
✅ Pour tartiner : beurre de qualité avec modération (fermenté, demi-sel), ou purée d’oléagineux (amande, noisette) sans sucre ajouté.
🟣 Marcinkowska A & Górnicka M. Life (Basel). 2023;13(3):654. DOI: 10.3390/life13030654 — Risque augmenté avec les graisses saturées et trans.
🌿 Épices et herbes aromatiques, condiments
Les épices et herbes aromatiques sont une source concentrée de polyphénols et de composés bioactifs anti-inflammatoires. Leur effet reste modeste à dose alimentaire courante, mais ils contribuent à réduire le sel, à diversifier les saveurs et à rendre l’alimentation anti-inflammatoire agréable et durable.
Curcuma (avec poivre noir) — Pourquoi : La curcumine inhibe le facteur de transcription NF-κB, réducteur central de la cascade inflammatoire. La pipérine du poivre noir augmente sa biodisponibilité de 2 000 %. Note : la curcumine en poudre alimentaire est peu biodisponible sans corps gras et poivre noir — à combiner dans les plats.
✅ Ajouter une demi-cuillère à café de curcuma et une pincée de poivre noir dans les soupes, lentilles, riz complet, sauces tomates ou currys, avec un corps gras (huile d’olive).
🟣 Edwards RL et al. J Biol Chem. 2017;292(52):21243-21252. DOI: 10.1074/jbc.RA117.000123 — Mécanisme anti-inflammatoire de la curcumine via NF-κB. Étude cellulaire et moléculaire, Vanderbilt University. Pas d’essai clinique endométriose inclus.
Gingembre — Pourquoi : Les gingérols et shogaols inhibent les prostaglandines et thromboxanes pro-inflammatoires. Des études préliminaires suggèrent un effet antalgique et antinauséeux.
✅ Frais râpé dans les plats asiatiques, les smoothies, les infusions. En poudre dans les soupes ou marinades.
🟠 Habib N et al. Prz Menopauzalny. 2022;21(2):124-132. DOI: 10.5114/pm.2022.116437
Herbes aromatiques fraîches ou séchées (persil, basilic, romarin, thym, origan, menthe) — Pourquoi : Riches en polyphénols, elles remplacent avantageusement le sel (vecteur de rétention hydrique et d’hypertension) et apportent des composés antioxydants. L’origan contient du carvacrol aux propriétés antibactériennes et anti-inflammatoires.
✅ Ajouter généreusement : herbes fraîches dans les salades, sauces et au moment du service. Les herbes séchées (thym, origan) dans les plats mijotés.
🟠 Habib N et al. Prz Menopauzalny. 2022;21(2):124-132. DOI: 10.5114/pm.2022.116437
Ail, oignon, poireau — Pourquoi : Riches en composés soufrés (allicine, quercétine) aux effets anti-inflammatoires, antibactériens et prébiotiques. La quercétine inhibe la libération d’histamine et de cytokines pro-inflammatoires.
✅ L’ail est plus actif cru ou légèrement cuit. Une gousse par jour dans les plats est un apport utile.
🟠 Barrea L et al. Curr Obes Rep. 2025. DOI: 10.1007/s13679-025-00662-8
Sel — à réduire sans culpabiliser.Pourquoi : Un excès de sel favorise la rétention hydrique (qui peut aggraver les gonflements pelvi-abdominaux), l’hypertension et certains déséquilibres du microbiote. L’OMS recommande moins de 5 g/jour pour les adultes.
✅ Réduire progressivement : le palais s’adapte en 3 à 6 semaines. Remplacer par les herbes, le citron, le vinaigre de cidre, les épices. Le sel non raffiné (fleur de sel, sel gris) apporte des oligo-éléments mais n’est pas moins nocif en excès. Le sel fin est à privilégier pour sa teneur en iode essentielle à la fonction thyroïdienne, par rapport à la fleur de sel qui n’en contient pas.
🟣 Recommandations OMS (2023) sur l’apport en sodium — non inclus dans la bibliographie PubMed, cf. who.int/news-room/fact-sheets/detail/salt-reduction
🌰 Levure nutritionnelle (levure maltée)
Pourquoi : Riche en vitamines du groupe B (notamment B1, B2, B3, B6, B9 et B12 pour les versions enrichies), en protéines complètes, en zinc et en sélénium. Le sélénium est un cofacteur des enzymes antioxydantes (glutathion peroxydase). Elle n’est pas levant et n’est pas une levure vivante — elle ne provoque pas de fermentation intestinale.
✅ Saupoudrer sur les pâtes, les salades, les légumes rôtis, les céréales. 1 à 2 cuillères à soupe par jour. Choisir non enrichie en acide glutamique ajouté. Note : vérifier la tolérance individuelle, certaines personnes rapportent des ballonnements.
🟠 Données biochimiques générales — pas d’étude spécifique endométriose identifiée dans PubMed. Niveau de preuve évalué sur la base de la composition nutritionnelle documentée.
Limiter ne signifie pas interdire. L’objectif est de réduire la fréquence et les quantités, pas de générer une relation anxieuse à la nourriture. La culpabilisation alimentaire est contre-productive et peut aggraver la souffrance psychologique associée à la maladie chronique.
🥩 Viandes rouges — à réduire fortement
Bœuf, porc, agneau, veau. Riches en acide arachidonique (précurseur de prostaglandines E2 pro-inflammatoires) et en fer héminique qui génère du stress oxydatif. Une consommation élevée est associée à un risque augmenté d’endométriose dans plusieurs études observationnelles.
✅ Maximum 1 à 2 fois par semaine. Remplacer par des œufs, de la volaille, et des protéines végétales : légumineuses, du tofu, du seitan, du tempeh… Si consommation : cuisson douce (braisée, mijotée) plutôt que grillée à très haute température.
🟣 Brouns F et al. Front Nutr. 2023;10:1166929. DOI: 10.3389/fnut.2023.1166929 — Revue narrative critique; l’association viande rouge-endométriose est identifiée mais les données sont hétérogènes.
🥓 Charcuteries et viandes transformées — à éviter autant que possible
Contiennent des nitrites et nitrosamines (agents pro-inflammatoires), des graisses saturées et du sel en grande quantité. Classées groupe 1 des cancérogènes certains par le CIRC (OMS) pour le cancer colorectal.
✅ Substituts : œufs à la coque, filet de poisson, houmous. similis non carnés Si consommation occasionnelle : choisir des produits sans nitrite ajouté.
🔵 Classification CIRC/OMS 2015, confirmée par de nombreuses cohortes. DOI indirect — cf. Farvid MS et al. références intégrales disponibles sur pubmed.ncbi.nlm.nih.gov
🧀 Laitages industriels — à modérer
Les données sur les laitages dans l’endométriose sont contradictoires : certaines études montrent une association protectrice (calcium, vitamine D), d’autres pointent les hormones de croissance du lait industriel.
Le lait industriel standard peut contenir des traces d’hormones exogènes (IGF-1), des facteurs de croissance et des résidus de traitements vétérinaires selon les pratiques d’élevage. Les graisses saturées animales (beurre, fromages gras) favorisent la production d’acide arachidonique.
✅ Privilégier les laitages fermentés (yaourts, fromages de chèvre ou brebis) en petites quantités. Envisager des alternatives végétales non sucrées (lait d’avoine, d’amande, lait de riz) pour les boissons.
🟠 Zaragoza-Martí A et al. Nutr Hosp. 2024;41(4):906-915. DOI: 10.20960/nh.04909 — Les données sur les laitages sont hétérogènes : certains sous-groupes montrent une association protectrice, ce qui souligne la nécessité d’une approche individualisée.
🍬 Sucres raffinés et produits ultra-transformés
Les sucres raffinés provoquent des pics glycémiques qui stimulent la production d’insuline (pro-inflammatoire à forte dose) et favorisent la formation de produits de glycation avancée (AGEs). Ils déséquilibrent également le microbiote au profit de bactéries pro-inflammatoires.
✅ Remplacer par des fruits entiers, des purées de fruits sans sucre ajouté, des desserts et gateaux faits maison à base d’avoine et d’oléagineux. Réduire progressivement
ce que disent les grandes études longitudinales
Les régimes excluant partiellement ou totalement les produits animaux font l’objet d’un corpus scientifique solide et en expansion rapide. Deux grandes cohortes prospectives — l’Adventist Health Study-2 (AHS-2), États-Unis et Canada, 96 354 participant·es suivi·es depuis 2002, et l’EPIC-Oxford, Royaume-Uni, 65 000 participant·es — ont fourni les données longitudinales les plus complètes à ce jour sur les effets comparés des différents régimes alimentaires sur la santé. Leurs résultats sont cohérents et convergents sur plusieurs points clés.
Définitions des régimes étudiés dans ces cohortes
• Non-végétarien·ne (omnivore) : consommation de viande et/ou poisson plus d’une fois par semaine
• Semi-végétarien·ne : viande ou poisson moins d’une fois par semaine
• Pesco-végétarien·ne : pas de viande, mais poissons et fruits de mer autorisés
• Lacto-ovo-végétarien·ne : pas de viande ni de poisson, mais œufs et produits laitiers autorisés
• Végane / végétalien·ne : exclusion de tout produit d’origine animale (viande, poisson, œufs, laitages, miel)
Résultats comparatifs sur le cancer
La méta-analyse de référence de Dinu M. et al. (2017, Université de Florence), portant sur 86 études transversales et 10 cohortes prospectives, constitue la synthèse quantitative la plus complète disponible. Elle rapporte :
- Régime végétarien (toutes formes confondues) : réduction significative du risque d’incidence de tous cancers confondus de 8 % (RR 0,92 ; IC 95% 0,87-0,98) par rapport au régime omnivore
- Régime végane vs omnivore : réduction plus marquée, –15 % d’incidence tous cancers (RR 0,85 ; IC 95% 0,75-0,95)
- Régime végétarien vs omnivore : réduction de –25 % du risque d’incidence et/ou de mortalité par cardiopathie ischémique (RR 0,75 ; IC 95% 0,68-0,82)
- Pas d’association significative retrouvée pour les cancers spécifiques (sein, prostate, poumon) pris isolément dans cette méta-analyse
🟣 Dinu M., Abbate R., Gensini G.F., Casini A., Sofi F. — Critical Reviews in Food Science and Nutrition, 2017, 57(17):3640-3649. DOI: 10.1080/10408398.2016.1138447 — Méta-analyse sur 96 études (86 transversales + 10 cohortes prospectives). Méthodologie PRISMA. Hétérogénéité des études incluses (différentes définitions du végétarisme, biais de sélection dans les cohortes d’adventistes). Pas de conflit d’intérêts déclaré.
Cancer colorectal : l’avantage distinctif du régime pesco-végétarien
L’étude AHS-2 publiée dans JAMA Internal Medicine (Orlich M.J. et al., 2015) sur 77 659 participant·es suivi·es 7,3 ans en moyenne (490 cas de cancer colorectal) apporte des données particulièrement détaillées par sous-type de régime :
- Tous végétarien·nes combiné·es vs non-végétarien·nes : –22 % de risque de cancer colorectal (HR 0,78 ; IC 95% 0,64-0,95)
- Véganes : HR 0,84 (IC 95% 0,59-1,19) — réduction non significative isolément
- Lacto-ovo-végétarien·nes : HR 0,82 (IC 95% 0,65-1,02) — tendance protectrice
- Pesco-végétarien·nes : HR 0,57 (IC 95% 0,40-0,82) — réduction la plus forte, –43 %, statistiquement significative
- Semi-végétarien·nes : HR 0,92 — pas de différence significative
Le résultat pesco-végétarien est l’un des plus robustes de cette cohorte. Il est cohérent avec les données sur les oméga-3 des poissons gras, qui réduisent la synthèse de prostaglandines pro-inflammatoires et exercent un effet anti-prolifératif sur les cellules coliques. Les auteur·es soulignent que si ces associations sont causales, elles pourraient être décisives pour la prévention primaire du cancer colorectal.
🔵 Orlich M.J., Singh P.N., Sabaté J. et al. — JAMA Internal Medicine, 2015, 175(5):767-776. DOI: 10.1001/jamainternmed.2015.59 — Cohorte prospective AHS-2, 77 659 participant·es, suivi moyen 7,3 ans. Financement NIH, pas de conflit d’intérêts déclaré. Limite principale : population adventiste non représentative de la population générale (mode de vie globalement plus sain, faible consommation d’alcool et de tabac), ce qui peut surestimer les effets du régime.
Mortalité globale et maladies cardiovasculaires
La synthèse des deux grandes cohortes AHS-2 et EPIC-Oxford (Segovia-Siapco G. & Sabaté J., European Journal of Clinical Nutrition, 2019) documente, en plus des données cancers :
- Dans AHS-2 : les pesco-végétarien·nes ont une mortalité toutes causes et par cardiopathie ischémique significativement réduite par rapport aux non-végétarien·nes
- Dans EPIC-Oxford : les mangeur·ses de poisson (fish-eaters) ont une mortalité tous cancers confondus significativement plus basse que les non-végétarien·nes
- Dans AHS-2 : les véganes montrent une réduction de 16 % du risque de tous cancers ; dans EPIC-Oxford, véganes, végétarien·nes et mangeur·ses de poisson montrent 11 à 19 % de risque réduit de tous cancers vs non-végétarien·nes
- Les régimes végétariens présentent des émissions de gaz à effet de serre 29 à 60 % inférieures aux régimes omnivores (variable selon la cohorte)
🟣 Segovia-Siapco G., Sabaté J. — European Journal of Clinical Nutrition, 2019, 72(Suppl 1):60-70. DOI: 10.1038/s41430-018-0310-z — Revue narrative des publications des cohortes AHS-2 et EPIC-Oxford. Pas de méta-analyse formelle. Les deux cohortes présentent des biais de sélection similaires (populations avec mode de vie plus sain que la moyenne). Pas de conflit d’intérêts déclaré.
Synthèse des cohortes adventistes (AHS-1, AHS-2)
La revue de Le L.T. & Sabaté J. (Nutrients, 2014), synthétisant les trois cohortes adventistes nord-américaines (Adventist Mortality Study, AHS-1, AHS-2), confirme que :
- Les régimes végétariens confèrent une protection contre les maladies cardiovasculaires, plusieurs facteurs de risque cardiométaboliques, certains cancers et la mortalité toutes causes
- Par rapport aux lacto-ovo-végétarien·nes, les régimes véganes semblent offrir une protection supplémentaire contre l’obésité, l’hypertension, le diabète de type 2 et la mortalité cardiovasculaire
- Les bénéfices sont davantage documentés chez les hommes que chez les femmes dans ces cohortes
🟣 Le L.T., Sabaté J. — Nutrients, 2014, 6(6):2131-2147. DOI: 10.3390/nu6062131 — Revue narrative des cohortes adventistes. Données longitudinales solides sur le long terme. Biais de sélection liés à la population adventiste (faible consommation d’alcool, de tabac, mode de vie actif). Pas de conflit d’intérêts déclaré.
Inflammation systémique : végétarien vs végane vs méditerranéen
La méta-analyse de Ilari S. et al. (Nutrients, 2025), portant sur 65 études PRISMA et comparant les régimes méditerranéen, végétarien et végane sur les biomarqueurs d’inflammation et de stress oxydatif, apporte des nuances importantes :
- Le régime végétarien réduit significativement la CRP (protéine C-réactive, marqueur d’inflammation systémique) par rapport au régime omnivore (ROM 0,82 ; IC 95% 0,69-0,98 ; p = 0,03)
- Le régime végane montre une réduction borderline, non significative isolément (ROM 0,81 ; IC 95% 0,56-1,17 ; p = 0,25)
- Le régime méditerranéen montre des associations plus faibles qu’attendu sur les marqueurs d’oxydation, suggérant des mécanismes d’action alternatifs
- Les auteur·es concluent que les mécanismes anti-inflammatoires de ces régimes passent probablement par des voies autres que les antioxydants seuls (microbiote, composition en acides gras, phénols)
🟣 Ilari S., Proietti S., Milani F. et al. — Nutrients, 2025, 17(3):548. DOI: 10.3390/nu17030548 — Méta-analyse PRISMA sur 65 études. Hétérogénéité importante entre études incluses. Résultats pour le végane limités par le faible nombre d’études éligibles. Pas de conflit d’intérêts déclaré.
Bénéfices cardiométaboliques : diabète, cholestérol, pression artérielle
La revue de Wang T. et al. publiée dans l’European Heart Journal (2023), cosignée par Walter Willett (Harvard T.H. Chan School of Public Health), l’une des références mondiales en épidémiologie nutritionnelle, synthétise les données d’études prospectives et d’essais randomisés :
- Les régimes végétariens sont associés à une réduction du risque de maladies cardiovasculaires, diabète, hypertension, démence et cancer dans les études prospectives
- Les essais randomisés confirment un effet protecteur pour la prévention du diabète et des réductions de poids, pression artérielle, HbA1c et LDL-cholestérol
- Mise en garde importante : les données d’essais randomisés sur les événements cardiovasculaires avérés et l’incidence du cancer restent très limitées à ce jour
- Les régimes végétariens malsains — pauvres en B12, fer, zinc, calcium et/ou riches en produits transformés végétaux — augmentent la morbidité et la mortalité
⚠️ Nuance éditoriale importante
Les bénéfices documentés concernent les régimes végétariens bien conduits, variés et peu transformés — et non l’ensemble des produits estampillés « vegan » en grande surface, qui peuvent être ultra-transformés, riches en sel, en sucres et en additifs. Un régime végane à base de substituts de viande industriels, de laits végétaux sucrés et de biscuits sans lait n’a pas le profil nutritionnel d’un régime végane complet et varié. Ces produits bien qu’industriels restent néanmoins souvent plus interessant que des produits carnés.
🟣 Wang T., Masedunskas A., Willett W.C., Fontana L. — European Heart Journal, 2023, 44(36):3423-3439. DOI: 10.1093/eurheartj/ehad436 — Revue narrative, Université de Sydney et Harvard. Financement non industriel. Pas de conflit d’intérêts déclaré. Limite : revue narrative sans méta-analyse formelle.
Points de vigilance nutritionnelle pour les régimes végétariens et véganes
La revue de Craig W.J. et al. (Nutrients, 2021), référence clinique pour les professionnel·les de santé, identifie les nutriments à surveiller dans les régimes végétariens et véganes :
- Vitamine B12 — absente des végétaux : supplémentation systématique indispensable pour les véganes, recommandée pour les végétarien·nes strictes. Carence aux conséquences neurologiques irréversibles.
- Vitamine D — peu présente dans les végétaux : surveiller les taux sériques, envisager une supplémentation selon l’exposition solaire et la latitude.
- Fer — présent dans les végétaux (légumineuses, graines) sous forme non héminique, moins biodisponible que le fer héminique animal. Associer à la vitamine C pour améliorer l’absorption. Surveiller ferritine et NFS.
- Zinc — phytates des céréales réduisent son absorption. Légumineuses, graines de courge, noix de cajou en sont de bonnes sources végétales.
- Calcium — légumes verts feuillus (chou frisé, bok choy), tofu au calcium, amandes, lait végétal fortifié, infusion de feuilles de murier noir…
- Iode — absent des végétaux terrestres sauf algues : utiliser du sel iodé
- Oméga-3 à longue chaîne (EPA/DHA) — absents des sources végétales directes (l’ALA des graines de lin est un précurseur avec conversion faible). Supplémentation en huile de microalgues recommandée pour les véganes.
🟣 Craig W.J., Mangels A.R., Fresán U. et al. — Nutrients, 2021, 13(11):4144. DOI: 10.3390/nu13114144 — Revue clinique complète pour professionnel·les de santé. Affiliations Loma Linda University (institution adventiste) : à noter pour évaluer un possible biais favorable aux régimes végétariens, bien que les auteur·es documentent explicitement les carences et les limites. Pas de financement industriel déclaré.
Pertinence pour l’endométriose
Dans le contexte spécifique de l’endométriose et de l’adénomyose, les régimes réduisant ou éliminant la viande rouge et les charcuteries présentent un intérêt direct : ils diminuent mécaniquement l’apport en acide arachidonique (précurseur des prostaglandines E2 pro-inflammatoires) et en fer héminique (source de stress oxydatif). Le régime pesco-végétarien, qui combine cet effet avec un apport direct en EPA/DHA via les petits poissons gras, présente le profil anti-inflammatoire le plus documenté dans les grandes cohortes. Il n’existe pas d’essai clinique randomisé spécifique régime végétarien/végane et endométriose à ce jour — les données disponibles sont des associations épidémiologiques transposées.
Si tu souhaites adopter un régime végétarien, végane ou pesco-végétarien dans le cadre de ta prise en charge, un bilan biologique (B12, ferritine, NFS, 25-OH-vitamine D, bilan lipidique) et un suivi par un·e diététicien·ne ou médecin nutritionniste sont recommandés, notamment en cas de traitement hormonal ou de projet de grossesse.
💧 Eau — la base non négociable
Une bonne hydratation soutient la fonction intestinale et la filtration rénale des médiateurs inflammatoires. En cas de troubles urinaires associés, une consommation d’environ 1,5 à 2 litres par jour est généralement recommandée, par petites quantités fréquentes.
🍵 Thé vert et thé blanc — à privilégier
Riches en EGCG (épigallocatéchine gallate), un polyphénol qui inhibe les voies NF-κB et COX-2 pro-inflammatoires et réduit certaines cytokines (IL-6, TNF-α). Le thé vert non fermenté a les teneurs en EGCG les plus élevées. Mais le thé limite l’absorption du fer.
✅ 2 à 3 tasses par jour, infusées à 70-80°C (pas à ébullition, qui détruit les polyphénols). Éviter à jeun ou en cas de reflux.
🌸 Tisanes
Verveine, camomille, mélisse, gingembre, hibiscus. Sans caféine, certaines plantes ont des propriétés antispasmodiques utiles pour les douleurs et troubles digestifs associés. L’hibiscus est riche en anthocyanes antioxydants. Attention aux interactions médicamenteuses pour certaines plantes (millepertuis) — vérifier avec le·a médecin ou pharmacien·ne.
☕ Café — modération et individualisation
Pourquoi : La caféine stimule la production d’œstrogènes (via l’inhibition de certaines enzymes de dégradation) dans certaines études épidémiologiques. Des études anciennes suggèrent un lien avec l’endométriose, mais les données récentes sont moins concluantes et le mécanisme reste débattu. La caféine peut aussi aggraver les douleurs pelviennes en augmentant la tension musculaire et en perturbant le sommeil.
✅ Limiter à 1 à 2 tasses par jour. Éviter le café en période douloureuse et à jeun. Alternatives : yannoh, chicorée, thé vert. Le café filtre est préférable au café bouilli ou à la cafetière italienne (moins de diterpènes lipidiques). à privilégier bio
🟠 Chavarro JE et al. Fertil Steril. 2009 (cité dans revues): données observationnelles sur caféine-endométriose. Niveau de preuve modéré. Les études sont hétérogènes et les résultats contradictoires selon les doses.
🍷 Alcool — à réduire significativement, voire éliminer
L’alcool augmente les marqueurs inflammatoires systémiques (CRP, IL-6, TNF-α), perturbe le microbiote intestinal, altère la barrière intestinale et interfère avec le métabolisme des œstrogènes en augmentant leur taux circulant — mécanisme directement pertinent dans une maladie estrogéno-dépendante. Une méta-analyse de 2022 portant sur 23 études montre une association significative entre consommation modérée d’alcool et risque augmenté d’endométriose (OR 1,22).
✅ L’idéal est de supprimer ou minimiser au maximum la consommation. Les alternatives non alcoolisées fermentées (kéfir d’eau, kombucha, jus de raisin sans alcool) permettent de conserver un aspect convivial. Si consommation occasionnelle : le vin rouge contient du resvératrol (polyphénol aux propriétés anti-inflammatoires), mais cet avantage ne compense pas les effets pro-inflammatoires de l’éthanol.
🔵 Li Piani L et al. Sci Rep. 2022;12(1):19122. DOI: 10.1038/s41598-022-21173-9 — Méta-analyse systématique sur 23 études (2012-2021). Résultats nuancés : borderline pour toute consommation, significatif pour consommation modérée. Pas de conflit d’intérêts déclaré. Limite : hétérogénéité des définitions de ‘consommation modérée’ entre études.
🫙 Boissons et aliments fermentés
Kéfir de lait et kéfir de fruits — contiennent une diversité de souches probiotiques et de peptides bioactifs qui modulent le microbiote intestinal, réduisent l’inflammation de bas grade et améliorent la perméabilité intestinale.
✅ 1 à 2 verres par jour, de préférence nature. Le kéfir de fruits est une alternative sans lactose.
Peut être préparé facilement à la maison avec des grains de kéfir.
Kombucha — thé fermenté contenant des polyphénols et des acides organiques. Consommer avec modération (100 à 200 mL/jour) : certains kombucha commerciaux contiennent du sucre résiduel.
Préférer les préparations maison ou artisanales peu sucrées. En cas de SIBO ou de dysmotilité intestinale, tester la tolérance individuellement.
Aliments fermentés (yaourt nature, choucroute non pasteurisée, miso, tempeh, kimchi, légumes fermentés) — apportent des bactéries lactiques vivantes et des post-biotiques qui soutiennent le microbiote intestinal. La choucroute non pasteurisée et le kimchi sont parmi les plus riches en souches actives.
✅ Introduire progressivement si troubles digestifs associés (SIBO, intestin irritable). Préférer les produits non pasteurisés (pasteurisation détruit les bactéries vivantes) et sans sucre ajouté. Le miso et le tempeh sont d’excellentes alternatives végétales fermentées riches en protéines.
🦠 Le microbiote intestinal et l’endométriose
Des études récentes montrent que les personnes atteintes d’endométriose présentent des altérations du microbiote intestinal : réduction de la diversité, modification de l’estrobolome (ensemble des bactéries qui métabolisent les œstrogènes). Ces modifications pourraient influencer le taux circulant d’œstrogènes et l’inflammation pelvienne. La modulation du microbiote par l’alimentation est une piste complémentaire logique — mais les essais cliniques humains spécifiques à l’endométriose restent limités.
🟣 Niveau de preuves modérées — Xholli A et al. Pharmaceuticals (Basel). 2023;16(12):1696. DOI: 10.3390/ph16121696 — Revue sur microbiote intestinal et endométriose, Gênes. Études essentiellement observationnelles et modèles animaux.
🟠 Niveau de preuves préliminaires — Qiao L et al. Eur J Med Res. 2025;30(1):1084. DOI: 10.1186/s40001-025-03334-4 — Étude rétrospective chinoise, n=187. Thérapie microécologique post-chirurgicale. Design rétrospectif non randomisé, limites méthodologiques importantes.
La façon dont on cuisine les aliments modifie profondément leur profil nutritionnel et leur charge pro-inflammatoire. Ce n’est pas seulement ce qu’on mange qui compte, mais comment on le prépare.
La réaction de Maillard et les AGEs
La réaction de Maillard est une réaction chimique entre sucres réducteurs et acides aminés qui se produit à haute température (> 140°C). Elle génère des produits de glycation avancée (AGEs — Advanced Glycation End Products) qui activent des voies de signalisation pro-inflammatoires (NF-κB, TNF-α, IL-6).
⚠️ Ce que dit vraiment la science sur les AGEs alimentaires
Une revue systématique rigoureuse de la Commission sénatoriale de sécurité alimentaire allemande (DFG, 2024) conclut qu’il n’existe pas de preuve causale convaincante entre l’apport alimentaire en composés de glycation et des effets indésirables sur la santé chez l’humain, à des doses d’exposition réelles. Les études animales montrent des effets à des doses très supérieures aux expositions humaines habituelles. Réduire les fritures et les cuissons à très haute température reste un conseil raisonnable dans une approche globale, mais les discours catastrophistes sur la réaction de Maillard sont à nuancer.
✅ Modes de cuisson à privilégier
- Vapeur douce (70-100°C) — préserve vitamines, minéraux, polyphénols. Pas d’addition de matière grasse. Idéale pour légumes, poissons, œufs. Très simple à mettre en oeuvre avec un panier vapeur en inox utilisé sur une casserole avec couvercle.
- Pochage / cuisson à l’eau bouillante (100°c) — simple, économique. Peut lessiver certaines vitamines hydrosolubles (B, C) dans l’eau de cuisson — réutiliser le bouillon.
- Four basse température (< 160°C) — cuisson douce homogène, peu de formation d’AGEs. Idéale pour poissons, volaille, légumes racines.
- Sauté ou poêlée à feu moyen avec huile d’olive (160-180°) — acceptable si la température reste en dessous du point de fumée. Ne pas laisser brûler.
- Papillote (en verre au four) — préserve les jus et nutriments, sans matière grasse ajoutée. Préférer le papier sulfurisé à l’aluminium qui est à proscrire tout comme le silicone et le film plastique.
❌ Modes de cuisson à limiter ou éviter
- Friture (> 180°C) — génère des AGEs, des aldéhydes, des acroléines. Augmente significativement la charge pro-inflammatoire du repas.
- Grillade ou barbecue à haute température — formation d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et d’amines hétérocycliques cancérogènes en cas de carbonisation.
💡 La vapeur douce : simple et peu coûteux
Un panier vapeur en inox posé sur une casserole d’eau bouillante coûte moins de 10 €. Les légumes vapeur restent croquants si ils ne sont pas surcuits (6 à 10 minutes pour les haricots verts, 15 à 20 minutes pour les carottes). Ajouter les herbes et l’huile d’olive après cuisson pour préserver leurs polyphénols.
Les matériaux de cuisine sont souvent négligés dans les conseils nutritionnels, pourtant certains peuvent constituer une source d’exposition aux perturbateurs endocriniens — particulièrement pertinent dans une maladie estrogéno-dépendante.
Principe général : choisir des matériaux inertes à la chaleur
Un matériau inerte ne migre pas dans les aliments lors de la cuisson, même à haute température ou en contact avec des aliments acides. Les matériaux sûrs : inox alimentaire (18/10), verre, fonte émaillée, céramique 100% naturelle sans cadmium ni plomb.
✅ Matériaux à privilégier
- Inox alimentaire 18/10 — matériau inerte, résistant à la chaleur et aux acides. Pas de migration dans les aliments. Très durable. Pour les casseroles, poêles, spatules, paniers vapeur. Nécessite un apprentissage du coup de main pour ne pas faire accrocher les aliments.
- Verre — complètement inerte. Idéal pour la conservation (bocaux, boîtes), la cuisson au four (plats pyrex) et le stockage. Remplace avantageusement les boîtes plastiques.
- Fonte émaillée — excellente diffusion de la chaleur. L’émail intérieur est inerte et non poreux. Durabilité exceptionnelle. Pour les cocottes et braisières. Vérifier que l’émail intérieur est intact.
- Fonte culotée — le culottage correspond au procédé permettant de créer un film anti-adhésif naturel sur une fonte brute. Nécessite un entretien particulier. Les poêles sont très lourdes, mais ça n’accroche pas
- Papier sulfurisé non blanchi compostable — inerte à la cuisson. Remplace l’aluminium (migration dans les aliments acides), les tapis de cuissons en téflons et le film plastique (migration de plastifiants à la chaleur).
- Charlottes, pochettes surgelés, bee-wraps — en tissu certifié CE 1935/2004 ou EU10/2011 pour contact alimentaire (les certifications GOTS, les tissus bio ou en coton ne sont pas automatiquement adaptés et certifiés pour contact alimentaire)
❌ Matériaux à remplacer
- Revêtements antiadhésifs au PTFE (téflon) — libère des composés perfluorés (PFAS) si le revêtement est rayé ou surchauffé (> 260°C). Les PFAS sont des perturbateurs endocriniens persistants associés à des dysfonctionnements hormonaux et reproductifs.
L’acide perfluorooctanoïque (PFOA), utilisé dans la fabrication historique du téflon, a été interdit en UE depuis 2020, mais ses substituts sont également controversés. Remplacer par des poêles en inox, en fonte ou en céramique naturelle. N’oubliez pas les ustensiles, à privilégier en inox ou bois. Si conservation : ne jamais chauffer à vide, remplacer dès que rayé. - Plastiques alimentaires Le bisphénol A (BPA) des plastiques polycarbonate est un perturbateur endocrinien qui mime les œstrogènes. Il est maintenant interdit dans les biberons et contenants alimentaires en UE, mais ses substituts (BPS, BPF) sont aussi sous surveillance. Les films plastiques alimentaires (PVC avec plastifiants) peuvent migrer lors du contact avec des aliments gras chauffés. Remplacer les boîtes plastiques par des boîtes en verre ou inox. Pour couvrir les plats : assiettes retournées, couvercles en verre ou en silicone alimentaire. Pour les restes : bocaux à vis en verre. Éviter de chauffer des aliments dans leurs contenants plastiques (micro-ondes).
- Aluminium et casseroles non anodisézq — migre dans les aliments acides (tomates, citron, vinaigre) lors d’une cuisson prolongée. L’exposition chronique à l’aluminium est associée à des effets neurotoxiques et immuno-toxiques, bien que les doses alimentaires habituelles soient généralement inférieures aux seuils de sécurité de l’EFSA.Éviter d’emballer des aliments acides dans du papier aluminium. Préférer le papier sulfurisé pour les papillotes. Les casseroles en aluminium anodisé ont une couche d’oxyde protectrice plus stable.
🟣 Zhan W. et al. — Environmental Health Perspectives, 2023 — PFAS et risque de SOPK dans une cohorte de femmes infertiles. Les PFAS sont des perturbateurs endocriniens dont les sources alimentaires (via emballages et ustensiles) sont documentées.
✅ À privilégier
• Base végétale large : légumes variés et colorés, légumineuses, céréales complètes, fruits entiers
• Corps gras de qualité : huile d’olive vierge extra, huile de lin ou de colza crues
• Petits poissons gras 2 à 3 fois par semaine : sardines, maquereaux, anchois, harengs
• Oeufs bio : label « Bleu-Blanc-coeur » (enrichi en graines de lin)
• Fibres en abondance : favorisent le microbiote protecteur et le transit
• Aliments fermentés régulièrement : kéfir, yaourt nature, choucroute crue, miso
• Épices et herbes aromatiques généreusement : curcuma + poivre, gingembre, ail, persil, romarin
• Cuisson douce : vapeur, four basse température, pochage
• Ustensiles inertes : inox, verre, fonte émaillée⚠️ À limiter
• Viandes rouges et charcuteries, sucres raffinés, produits ultra-transformés, café, alcool❌ À éviter
• Fritures, revêtements antiadhésifs rayés, films plastiques, plastiques chauffés
Un mot sur la culpabilisation alimentaire
Vivre avec une maladie chronique douloureuse tout en gérant son alimentation avec soin représente une charge cognitive et émotionnelle réelle. L’alimentation anti-inflammatoire est une orientation générale, pas un régime de perfection. Un repas festif, une exception, ne détruit pas des semaines d’efforts. Si ces conseils génèrent de l’anxiété autour des repas, de la restriction excessive ou des troubles du comportement alimentaire, il est important d’en parler avec un·e professionnel·le de santé.
L’orthorexie : quand la recherche de « manger sain » devient un trouble
L’orthorexie nerveuse est une préoccupation pathologique pour la qualité et la pureté des aliments consommés. Elle ne vise pas à maigrir, mais à contrôler la maladie via l’alimentation — ce qui la rend particulièrement difficile à identifier dans le contexte de l’endométriose, où la démarche nutritionnelle est par ailleurs légitime et documentée.
Le terrain est favorable : face à une maladie dont l’évolution est imprévisible, l’alimentation peut devenir le seul domaine où l’on a l’impression d’agir. La quantité d’informations disponibles — listes d’aliments à éviter, controverses sur le gluten, le soja, les laitages, les FODMAP — amplifie ce mécanisme. La frontière entre engagement thérapeutique raisonnable et restriction envahissante peut se franchir progressivement, sans que la personne s’en aperçoive.
Signaux d’alerte à connaître
- La composition des aliments occupe une part importante de la journée mentalement, au-delà de la planification pratique des repas.
- Manger à l’extérieur, chez des proches ou au restaurant génère une anxiété significative difficile à gérer.
- La liste des aliments « interdits » s’élargit progressivement, sans que les symptômes ne s’améliorent pour autant.
- Un écart par rapport aux règles alimentaires auto-imposées provoque de la honte, de la culpabilité ou de la détresse marquée.
- L’alimentation est devenue une source de souffrance ou d’isolement social qui dépasse la gestion de la maladie elle-même.
Ces signaux méritent une attention sérieuse et un accompagnement professionnel. Un·e diététicien·ne peut aider à repositionner la démarche alimentaire dans un cadre flexible et non culpabilisant. Si ces signaux s’accompagnent d’une souffrance psychologique plus large — anxiété généralisée, dépression, impact sur les relations — une orientation vers un·e psychologue est à envisager en parallèle.
L’orthorexie, la boulimie et l’anorexie dans le contexte de l’endométriose sont abordés plus en détail dans la section diététique de la page Soins de support.
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Sources bibliographiques
Légende des niveaux de preuves
🔵 Preuves solides — études de cohorte de grande taille, méta-analyses, essais randomisés contrôlés
🟣 Preuves modérées — études cas-témoins, revues systématiques sans méta-analyse
🟠 Preuves préliminaires — petites études, données observationnelles, modèles animaux
🔴 Preuves faibles ou source à considérer avec réserves — données indirectes, extrapolations
(En cours de rédaction)
Nutrition et alimentation
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